L’économiste Mor Gassama salue le retour à un ministère unique chargé de l’Économie, des Finances et du Plan. Selon lui, la séparation des deux portefeuilles relevait davantage de considérations politiques que d’une véritable logique de gouvernance, rapporte Sud .
La décision du gouvernement de fusionner le ministère des Finances et du Budget avec celui de l’Économie, du Plan et de la Coopération afin de créer un grand ministère de l’Économie, des Finances et du Plan est favorablement accueillie dans les milieux économiques. Pour l’économiste Mor Gassama, il ne s’agit pas d’une innovation, mais plutôt d’un retour à une architecture institutionnelle qui a déjà démontré son efficacité. « Le Sénégal a toujours fonctionné de cette manière », rappelle l’analyste. Selon lui, c’est sous la présidence de Macky Sall que les deux départements avaient été séparés, non pas pour des raisons de gouvernance, mais pour répondre à des équilibres politiques internes entre deux figures influentes du pouvoir. Une décision circonstancielle qui a conduit, pendant plusieurs années, à une gestion bicéphale des questions économiques et financières.
Pour Mor Gassama, le principal problème d’une telle configuration réside dans les rivalités qui peuvent émerger entre deux ministères aux compétences étroitement liées. « Lorsque chacun cherche à être plus influent ou à disposer de davantage de prérogatives, les arbitrages deviennent plus difficiles. Une seule tête, c’est une seule boussole », explique-t-il.
L’économiste estime que la coexistence de deux ministres intervenant dans des domaines aussi imbriqués que la politique budgétaire, la planification économique et la coopération internationale peut ralentir la prise de décision et compliquer les relations avec les partenaires techniques et financiers. Cette concurrence institutionnelle risque, selon lui, d’affaiblir la cohérence de l’action publique.
Avec un portefeuille unifié, les responsabilités sont clairement identifiées. « Une seule personne décide après concertation avec l’autorité compétente et en collaboration avec ses équipes », souligne-t-il.
Concernant l’accélération des négociations et de la prise de décision, Mor Gassama estime que cette réorganisation devrait permettre d’améliorer la rapidité et l’efficacité des arbitrages, notamment dans les discussions avec les institutions financières internationales et les bailleurs de fonds.
« En matière de négociation comme de prise de décision, les choses sont censées aller beaucoup plus vite, et le pays en a besoin », affirme-t-il. Si cette analyse met en avant les avantages de la rationalisation administrative, certains observateurs soulignent néanmoins les défis qu’implique un portefeuille aussi vaste. Ils évoquent notamment le risque d’une concentration excessive du pouvoir décisionnel, la lourdeur de la charge de travail pour un seul ministre et un possible affaiblissement des mécanismes de contrôle. Autant de questions auxquelles la mise en œuvre effective de cette réforme devra apporter des réponses dans les mois à venir.
