De nouveaux traitements contre l’obésité sont arrivés qui apportent des résultats spectaculaires. Que faut-il raisonnablement attendre de ces traitements, changent-ils réellement et définitivement la vie des personnes souffrant d’obésité ? Les réponses de la Pr Emilie Montastier, praticienne au CHU de Toulouse.

Longtemps considérée à tort comme la conséquence d’un manque de volonté, l’obésité est aujourd’hui reconnue comme une maladie chronique complexe. Cette évolution du regard médical s’accompagne d’une avancée thérapeutique majeure : l’arrivée de nouveaux traitements médicamenteux capables de provoquer des pertes de poids importantes. Mais que peut-on réellement en attendre ? À qui s’adressent-ils ? Et constituent-ils une solution durable ?

Une nouvelle génération de traitements

Les médicaments qui suscitent aujourd’hui autant d’espoir appartiennent à la famille des agonistes du récepteur du GLP-1. À l’origine, ces molécules ont été développées pour traiter le diabète de type 2. Les médecins ont cependant constaté qu’elles entraînaient également une perte de poids significative chez les patients traités. Cette observation a conduit à leur développement dans la prise en charge spécifique de l’obésité.

Leur mécanisme d’action est désormais bien connu. En ralentissant la vidange de l’estomac, elles procurent une sensation de rassasiement plus rapide et plus durable. Elles agissent également au niveau de l’hypothalamus, une région du cerveau impliquée dans le contrôle de la faim. Résultat : les patients mangent moins, ressentent moins souvent la faim et décrivent une diminution parfois spectaculaire des envies irrépressibles de nourriture.

Selon la Pr Emilie Montastier, ces traitements peuvent réduire de 30 à 35 % les apports alimentaires quotidiens.

Des indications strictement encadrées

Malgré leur popularité croissante, ces médicaments ne sont pas destinés à toutes les personnes souhaitant perdre quelques kilos.

Leur autorisation de mise sur le marché concerne les adultes présentant un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 30 kg/m², ou supérieur à 27 kg/m² lorsqu’il existe des comorbidités associées, comme un diabète de type 2 ou une hypertension artérielle.

Mais les recommandations des spécialistes sont encore plus restrictives. Les centres spécialisés de l’obésité préconisent de réserver ces traitements aux formes les plus sévères de la maladie, notamment lorsque l’IMC dépasse 35 kg/m² et s’accompagne de complications médicales importantes.

Surtout, ces médicaments ne doivent intervenir qu’en deuxième intention, après l’échec d’une prise en charge globale associant rééquilibrage alimentaire, activité physique adaptée et accompagnement psychologique lorsque celui-ci est nécessaire.

« Il ne s’agit pas de traitements destinés à corriger un simple inconfort esthétique ou quelques kilos en trop », insiste la spécialiste.

Une efficacité inédite, mais pas miraculeuse

Les résultats obtenus sont sans précédent pour un traitement médicamenteux de l’obésité. Les études montrent des pertes de poids moyennes comprises entre 12 et 15 % avec le sémaglutide, et pouvant atteindre 15 à 20 % avec le tirzépatide chez certains patients.

Au-delà de la balance, ces médicaments améliorent également plusieurs complications liées à l’obésité. Des bénéfices ont notamment été démontrés sur les maladies cardiovasculaires et sur la stéatose hépatique métabolique, plus connue sous le nom de « maladie du foie gras ».

Cependant, tous les patients ne répondent pas de la même manière. Entre 10 et 15 % d’entre eux seraient considérés comme non-répondeurs, soit parce que la perte de poids est insuffisante, soit parce que les effets secondaires rendent le traitement difficile à poursuivre.

Des effets secondaires fréquents

Les principaux effets indésirables sont digestifs. Nausées, constipation, diarrhées, douleurs abdominales ou encore fatigue figurent parmi les symptômes les plus fréquemment rapportés.

Pour limiter ces désagréments, les doses sont augmentées progressivement sur plusieurs semaines. Une consultation de suivi est généralement recommandée après trois mois afin d’évaluer à la fois l’efficacité et la tolérance du traitement.

Dans certains cas, les effets secondaires peuvent néanmoins conduire à l’arrêt du médicament.

Le défi du long terme

L’une des principales questions concerne la durée du traitement. Les données actuellement disponibles montrent qu’à l’arrêt du médicament, une grande partie du poids perdu est reprise dans les mois qui suivent. Cette reprise s’explique notamment par le retour de la sensation de faim et des comportements alimentaires que le traitement avait contribué à contrôler.

Pour cette raison, les spécialistes considèrent aujourd’hui que ces traitements doivent être envisagés sur le long cours. Les études montrent généralement une phase active de perte de poids pendant environ un an, suivie d’une phase de stabilisation sous traitement.

« Cette perspective implique un suivi médical régulier et une prise en charge globale de la maladie, associant médecins, diététiciens, psychologues et professionnels de l’activité physique adaptée », souligne La Pr.Emilie Montastier

En attendant, si ces médicaments constituent indéniablement une avancée majeure, ils ne représentent pas une solution miracle. Pour la Pr Émilie Montastier, leur efficacité repose avant tout sur un accompagnement médical, nutritionnel et psychologique au long cours. Une révolution thérapeutique, certes, mais qui ne dispense pas d’une prise en charge globale de l’obésité.

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