Les dirigeants et hauts responsables d’Asie du Sud-Est rejoindront le président russe Vladimir Putin à Kazan les 17 et 18 juin pour marquer le 35e anniversaire des relations entre la Russie et l’ASEAN
Le président russe Vladimir Poutine accueillera les dirigeants et hauts responsables d’Asie du Sud-Est dans la ville russe de Kazan les 17 et 18 juin, à l’occasion d’un sommet commémoratif marquant les 35 ans des relations entre la Russie et Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), ainsi que le 30e anniversaire du statut de partenaire de dialogue de la Russie au sein de l’organisation.
Ce sommet intervient alors que la Russie cherche à renforcer ses liens avec ses partenaires asiatiques dans un contexte de tensions persistantes avec l’Occident autour de la guerre en Ukraine, tandis que les pays de l’ASEAN poursuivent leur politique traditionnelle d’équilibre entre les grandes puissances, notamment la Chine, les États-Unis et la Russie.
Selon le secrétariat de l’ASEAN, le sommet commémorera le 35e anniversaire des relations ASEAN-Russie, établies officiellement en 1991, peu avant la dissolution de l’Union soviétique.
Au cours des trois dernières décennies, la coopération s’est élargie au-delà du dialogue politique pour inclure le commerce, l’énergie, la sécurité, l’éducation, la gestion des catastrophes ainsi que les échanges entre les peuples.
Les relations entre la Russie et l’ASEAN ont été élevées au rang de partenariat stratégique en 2018, reflétant l’approfondissement de la coopération entre Moscou et le bloc régional d’Asie du Sud-Est composé de dix membres.
La rencontre de Kazan devrait constituer la réunion ASEAN-Russie au plus haut niveau depuis le début du conflit en Ukraine en 2022 et l’une des étapes les plus importantes du partenariat depuis le premier sommet ASEAN-Russie organisé à Kuala Lumpur en 2005.
Un deuxième sommet commémoratif avait été organisé en 2016 dans la station balnéaire russe de Sotchi, sur les rives de la mer Noire, à l’occasion du 20e anniversaire des relations de dialogue. Depuis, les échanges se sont poursuivis à travers les mécanismes dirigés par l’ASEAN, notamment le Sommet de l’Asie de l’Est et les sommets ASEAN-Russie organisés en marge des réunions régionales.
Les attentes du sommet
Le sommet devrait réunir les dirigeants ou hauts représentants de l’ensemble des États membres de Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam, ainsi que le secrétaire général de l’ASEAN, Kao Kim Hourn.
Plusieurs participants devraient effectuer leur première visite en Russie depuis le lancement par Moscou de son opération militaire à grande échelle en Ukraine il y a plus de quatre ans, soulignant l’importance que la Russie accorde au renforcement de ses liens avec ses partenaires non occidentaux, malgré la poursuite des sanctions occidentales et des pressions diplomatiques.
Cette rencontre intervient également dans un contexte marqué par une montée des tensions géopolitiques à l’échelle mondiale.
Les discussions devraient porter sur plusieurs développements régionaux et internationaux, notamment le conflit en Ukraine, la guerre à Gaza, l’escalade des tensions entre Israël et l’Iran, la sécurité maritime ainsi que l’évolution de la situation dans la région indo-pacifique.
L’ASEAN a traditionnellement évité d’adopter des positions communes sur les conflits impliquant les grandes puissances, privilégiant le dialogue et une approche fondée sur la neutralité. Bien que la majorité des membres de l’organisation aient soutenu les résolutions des Nations unies réaffirmant la souveraineté de l’Ukraine, le bloc a maintenu ses échanges avec la Russie à travers ses cadres multilatéraux.
La coopération économique devrait dominer l’ordre du jour
Les échanges commerciaux entre la Russie et Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) ont connu une croissance régulière au cours de la dernière décennie, malgré les perturbations liées à la pandémie de Covid-19, aux sanctions et aux tensions géopolitiques.
Selon les données de l’ASEAN et de la Russie, les échanges bilatéraux se sont généralement maintenus au-dessus de 20 milliards de dollars par an ces dernières années, couvrant les produits énergétiques, les matières premières agricoles, les engrais, les machines, les métaux et les produits manufacturés.
La Russie considère de plus en plus l’Asie du Sud-Est comme une destination stratégique pour diversifier ses échanges commerciaux, alors que ses relations économiques avec l’Europe se sont contractées à la suite de la guerre en Ukraine.
De leur côté, les économies de l’ASEAN cherchent à préserver leur accès aux ressources énergétiques russes, aux engrais et aux matières premières, tout en développant les opportunités d’investissement.
Les principaux dossiers à l’ordre du jour
La sécurité énergétique devrait faire l’objet d’une attention particulière dans un contexte marqué par la volatilité des marchés mondiaux provoquée par les conflits en Europe de l’Est et au Moyen-Orient.
La Russie demeure l’un des plus grands exportateurs mondiaux de pétrole, de gaz naturel et de technologies nucléaires, tandis que plusieurs membres de l’ASEAN étudient un renforcement de la coopération dans les infrastructures énergétiques, le développement des secteurs pétrolier et gazier ainsi que les projets nucléaires civils.
La sécurité alimentaire devrait également figurer parmi les sujets prioritaires. La Russie reste en effet un fournisseur majeur de blé, d’engrais et d’autres produits agricoles essentiels pour de nombreuses économies d’Asie du Sud-Est.
Le sommet devrait également entériner une nouvelle feuille de route de coopération pour la prochaine décennie, axée sur le commerce, la transformation numérique, la connectivité, les sciences et technologies, le développement durable, l’éducation et le tourisme.
Pour Moscou, cette rencontre représente une nouvelle étape dans sa stratégie plus large de « pivot vers l’Est », accélérée depuis 2022 alors que la Russie cherche à renforcer ses partenariats économiques et politiques à travers l’Asie.
Pour l’ASEAN, ce sommet illustre la volonté du bloc de préserver son autonomie stratégique en entretenant des relations avec l’ensemble des grandes puissances, tout en évitant tout alignement sur un seul camp géopolitique.
