Chez les femmes victimes de violence, la ménopause peut apparaître précocement. Elles sont aussi plus à risque de souffrir de symptômes graves.
Plus de 200.000 femmes sont victimes de violence de la part de leur conjoint ou ex-conjoint en France chaque année. En plus du traumatisme, des séquelles psychologiques et physiques, cela peut avoir des conséquences sur leur physiologie. Dans la revue Maturitas, des chercheurs de l’université de Grenade, en Espagne, expliquent que la violence faite aux femmes avance le moment de la ménopause et en aggrave les symptômes.
Des symptômes plus intenses chez les femmes ménopausées victimes de violence
Leurs travaux reposent sur l’analyse d’une dizaine d’études médicales réalisées sur le sujet. « L’analyse des données scientifiques indique systématiquement que les femmes victimes de toute forme de violence présentent des symptômes ménopausiques plus marqués », observent les auteurs. Les chercheurs espagnols citent les bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes, plus intenses et fréquentes, mais aussi davantage d’anxiété et d’insomnie. « Sur le plan sexuel et urogénital, on observe une augmentation de la sécheresse vaginale, des douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie) et des troubles urinaires, en particulier à la suite d’épisodes de violence sexuelle », poursuivent-ils.
Violences faites aux femmes : la ménopause peut avoir plus d’un an et demi d’avance
Les scientifiques soulignent que l’une des « conclusions les plus marquantes » concerne la survenue de la ménopause : « les femmes exposées à des traumatismes peuvent atteindre ce stade jusqu’à 20 mois plus tôt que celles n’ayant pas d’antécédents de ce type ». Cela augmente leur risque de souffrir d’insuffisance ovarienne prématurée, c’est-à-dire un arrêt précoce des règles ou des troubles liés à la menstruation. Selon les auteurs, cette ménopause précoce et les symptômes plus graves pourraient être liés à un « dérèglement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et à des modifications épigénétiques induites par un stress traumatique ».
Les multiples conséquences de la violence subie par les femmes
Les violences faites aux femmes peuvent avoir d’autres conséquences sur leur santé. Les études analysées par les chercheurs observent des « problèmes de santé systémiques » comme l’hypertension, le diabète et le syndrome métabolique. Chez ces femmes, le risque augmente notamment à cause du stress chronique et des processus inflammatoires associés. « En ce qui concerne la santé osseuse, les risques d’ostéoporose et de fractures s’accroissent, complètent les auteurs. On observe également une fréquence accrue de troubles de la mémoire et de l’attention, liés à un dérèglement de l’axe du stress et à une neuro-inflammation. »
Les chercheurs de l’université de Grenade soulignent que « la violence faite aux femmes constitue un enjeu majeur de santé publique dont les effets perdurent des décennies après l’agression ». Ils estiment qu’il est nécessaire et urgent de mettre en place une prise en charge spécifique dans les services dédiés aux femmes ménopausées. « Cela implique de garantir la confidentialité, de procéder à un dépistage proactif des infections sexuellement transmissibles et du cancer du col de l’utérus, et de créer des parcours de soins intégrés associant la gynécologie à la santé mentale, à la médecine interne et à la rééducation du plancher pelvien », concluent-ils.
