Dans la tiédeur feutrée de Doha, où l’éclat des ors diplomatiques le dispute à la tradition, une séquence politique rare et lourde de sens s’est déroulée cette semaine. Alors que le Sénégal traverse des turbulences nécessitant une cohésion nationale renforcée, la capitale qatarie a été le théâtre d’images fortes : celles des retrouvailles entre le chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye, son prédécesseur Macky Sall et l’ancien ministre Karim Wade.
Tout a commencé dès la descente d’avion de la délégation présidentielle sénégalaise. Le Président Bassirou Diomaye Faye a été accueilli au pied de son aéronef par Karim Wade. La poignée de main chaleureuse et les échanges cordiaux entre les deux hommes ont immédiatement captivé l’attention, marquant un contraste saisissant avec les aspérités du passé politique récent.
Mais la grande surprise est venue des coulisses de ces obsèques princières : l’ancien Président Macky Sall et Karim Wade se sont eux aussi retrouvés, immortalisant des poignées de main qui ont rapidement embrasé la toile. Voilà plus d’une décennie que les relations entre les deux hommes étaient marquées par les suites de la traque des biens mal acquis et l’exil forcé de Wade fils. Ces images de paix et de dépassement illustrent une volonté manifeste de tourner la page des rancœurs institutionnelles.
Au-delà de la symbolique protocolaire et de la présentation des condoléances à la famille régnante du Qatar, cette présence simultanée de trois figures majeures de l’échiquier politique sénégalais dépasse le cadre d’un simple hasard d’agenda. L’audience accordée par le Président Faye à Karim Wade, tout comme ses entretiens en terre qatarie, démontre une démarche d’ouverture et de rassemblement.
Pour beaucoup d’observateurs, ce ballet diplomatique à Doha est stratégique. Dans un contexte économique et politique complexe, l’entregent et le carnet d’adresses de Karim Wade dans le Golfe pourraient s’avérer précieux pour le financement de projets structurants. De même, la décrispation des relations avec l’ancien Président Macky Sall offre de nouvelles perspectives de dialogue républicain. Ces «images de la paix» au Qatar prouvent que, loin des joutes électorales intérieures, les intérêts supérieurs de la Nation transcendent parfois les clivages, ouvrant la porte à une diplomatie apaisée et à de probables réalignements stratégiques à l’aube des prochaines échéances politiques.
Ousmane BALDE
Journaliste consultant en
communication
