Sous le titre «De Mougins à l’Elysée, les amitiés françaises de Alassane Ouattara», le journal françafricain Jeune Afrique (Ja) livre cette citation d’un «ami français» du Président ivoirien : «à Mougins… le lieu est propice à la réflexion, même s’il reste en contact permanent avec Abidjan», pour nous informer ensuite que «chacun sait que nombre de décisions importantes pour le pays, des remaniements aux limogeages les plus sensibles, ont été prises là-bas, dans le parfum des pins et des eucalyptus chauffés au soleil du grand jardin» de «la résidence française de Alassane Ouat­tara».
Bien renseigné sur les relations mafieuses françafricaines, le journal nous apprend que «Macron lui a dit : «J’ai pensé à nommer Thiam comme ministre, mais il n’a pas payé ses impôts en France…» Ouattara a rétorqué qu’il ne pouvait pas, lui non plus, nommer en Côte d’Ivoire quelqu’un qui n’y a jamais payé ses impôts».
Si Ouattara a connu trois présidents français, sa préférence va à Sarkozy parce que, voyez-vous, dit Ja, «la complicité est ancienne et demeure intacte… Au plus fort de la crise post-électorale, … Sarkozy ne se contente pas de soutenir un ami rencontré dans les années 1990… il… engage la France dans l’épilogue militaire de la crise qui conduira à son accession au pouvoir».
Ouattara exprimera sa gratitude en disant de l’ambassadeur français Renaud Vignal qui l’avait abrité dans l’ambassade, qu’il «nous a quittés au moment où j’avais le plus besoin de lui et de ses conseils pour reconstruire la Côte d’Ivoire».
L’allégeance francophile fait que son mentor en matière économique, Michel Camdessus, «est un peu son maître spirituel», et Jeune Afrique (Ja) raconte que «les deux hommes se sont connus dans les années 80 à Washington, lorsque Alassane Ouattara exerçait les fonctions de directeur du département Afrique du Fmi, institution dont il deviendra le directeur général adjoint en 1994». Les peuples africains de l’enclos françafricain se rappellent cette année de la dévaluation de 50% du franc colonial Cfa.
Toutefois, Ja tient à préciser que le parrain africain de la Françafrique avec Sarkozy, puis Hollande et Macron, ne l’a pas été du premier coup. En effet, «l’attachement de Alassane Ouattara à la France s’inscrit dans la continuité de la relation privilégiée nouée entre Paris et Abidjan sous Félix Houphouët-Boigny, mais il a longtemps été perçu comme un homme davantage tourné vers les Etats-Unis, en raison de son parcours à Washington. Il n’a pas eu immédiatement les faveurs des réseaux chiraquiens, alors plus enclins à soutenir Henri Konan Bédié. La donne changera progressivement à partir de la Pré­sidence Sarkozy : la relation deviendra sans ambiguïté».
Les «réseaux» françafricains dont parle Ja mêlent «politiques» et «affai­ristes ar­mateurs marseillais Cma Cgm, Croix-Rouge, Fondation, Pfo Africa, Btp, Groupe Bolloré, Groupe Bouygues». Et on apprend que Ouattara, qui a 84 ans, «avec certains membres de ce premier cercle, il s’ouvre sur la délicate question de sa succession, lui qui a assuré que ce nouveau quinquennat serait le dernier et qui a nommé son frère, le ministre de la Défense Téné Birahima Ouattara, vice-premier ministre. Une nomination qui ne cesse d’alimenter les spéculations sur une possible succession familiale. Alassane Ouattara arrêtera-t-il sa décision à Mougins ?».
La Françafrique est donc confrontée au dilemme de la succession «alors que la France a été poussée vers la sortie au Mali, au Burkina Faso et au Niger, et qu’elle cherche désormais à diversifier ses partenariats africains au-delà de son pré-carré francophone, la Côte d’Ivoire demeure son principal point d’ancrage sur le continent… Le Président français entend en effet réserver son dernier déplacement en Afrique, fin octobre, à son homologue ivoirien».
Cette recension de l’article de Ja sur le chef d’Etat qui a succédé comme mentor françafricain en Afrique de l’Ouest aux Senghor/Houphouët/Diouf/Wade/Macky/Compaoré, interroge sur qui va succéder à Alassane Ouattara dans le contexte géopolitique ouest-africain avec l’avancée souverainiste qu’est l’Aes et, plus généralement à l’échelle mondiale, la montée en puissance du multipolarisme des Brics versus l’unilatéralisme des Usa/Ue/Otan/G7/Israël ?
Voilà de quoi réfléchir sur cette capture du jeune «sen-transfuge» du camp souverainiste vers le camp néocolonial dans notre terre africaine du Sénégal. La succession incertaine de Ouattara dans le pilier économique historique, 40% du Pib de la zone coloniale Cfa, n’est-elle pas une des sources de cette prise de guerre qu’est le ralliement du président légal du Sénégal au néocolonialisme ? Ce butin politique présidentialiste ne s’inscrit-il pas dans la préparation de la guerre de reconquête françafricaine, eurafricaine et usafricaine qu’annoncent certains généraux français suite à la perte du Mali, du Burkina, du Niger ? Nous autres de la terre africaine du Sénégal, allons-nous accepter encore une fois que nos gouvernants vassalisent notre pays à la Françafrique, à l’Eurafrique et l’Usafrique ?
Il est important de resituer dans le cadre géopolitique, la lecture localiste partiale et partielle dominante de l’opposition entre le président légal et le président légitime de notre pays pour bien en cerner la contradiction principale sous-jacente entre néocolonialisme et souverainisme panafricain.
La forme d’opposition entre le président légal et le président légitime dans notre pays ne doit pas nous cacher sa vraie nature d’opposition entre le néocolonialisme et le souverainisme au Sénégal.
Un aspect de la portée géopolitique ouest-africaine et africaine de cette opposition se niche aussi dans cette mobilisation néocoloniale pour la candidature à l’Onu de l’autocrate Apr/Bby dont la place est devant les tribunaux du Sénégal pour la reddition judiciaire des crimes de sang et crimes financiers des 12 années passées à la présidence de notre république néocoloniale.
Notre pays s’achemine à nouveau vers des temps de tempête répressive alors que la majorité écrasante du Peuple a voté à la Présidentielle et aux Législatives 2024 pour la souveraineté nationale et pour le Jub, Jubal, Jubanti.
Nous allons devoir sortir de «la croyance aux victoires faciles» comme l’enseignait le communiste Amilcar Cabral, et de l’illusion que l’élection suffit pour libérer du néocolonialisme. Mais cette nouvelle épreuve de la reconquête souverainiste est un défi que nous allons relever pour vaincre le système néocolonial de la domination impérialiste sur le pays et l’Afrique.
DIAGNE Fodé Roland

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