Après des mois de tensions fortes et d’incertitudes économiques, la rencontre entre le ministre de la Communication et le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (Cdeps) coïncide avec le lancement officiel des appels à projets pour le Fonds d’appui et de développement de la presse (Fadp). Un signe d’ouverture, bien que conditionné à un strict assainissement du secteur, rapporte le Quotidien .
S’achemine-t-on vers une décrispation des relations entre les autorités étatiques et les acteurs des médias ? C’est en tout cas la question qui brûle les lèvres après la rencontre tenue entre le ministère de la Communication, des télécommunications et du numérique et les représentants des patrons de presse (Cdeps). Cet échange, attendu par toute la profession, semble marquer un pas vers le dialogue après une période d’incompréhensions et de pression fiscale soutenue sur les entreprises de presse. Symboliquement, cette démarche de concertation s’accompagne d’une annonce concrète de la part du ministère : l’ouverture officielle de la campagne de dépôt des demandes de financement au titre du Fonds d’appui et de développement de la presse (Fadp) pour l’exercice 2026.
Le ministère a fixé le calendrier : les acteurs ont jusqu’au 15 septembre 2026 pour déposer leurs dossiers, soit en ligne sur la plateforme Déclaration médias Sénégal (Dms), soit directement sous format physique auprès de la Direction de la communication. Cependant, ce déblocage des aides ne s’apparente pas à un chèque en blanc. L’Etat entend appliquer à la lettre les critères d’éligibilité définis par les décrets de janvier 2021. Pour prétendre aux subventions ou appuis financiers, les entreprises de presse (écrite, en ligne ou audiovisuelle) ainsi que les radios communautaires doivent faire preuve d’une hygiène administrative irréprochable.
Parmi les exigences incontournables : fournir un quitus fiscal, un quitus de sécurité sociale (Ipress, Css) et prouver être à jour du droit d’auteur, disposer d’au moins 5 emplois permanents déclarés avec contrats visés et bulletins de paie à l’appui, tout en appliquant la convention collective. Pour la presse écrite, attester d’un tirage quotidien moyen de 3000 exemplaires (2000 pour les périodiques). Pour les audiovisuels, consacrer au moins 30% des programmes à la promotion des valeurs culturelles nationales. Une recommandation forte a également été formulée pour cet exercice : présenter la Carte nationale de presse pour chaque journaliste et technicien composant la rédaction.
Assainir pour mieux soutenir
Si ce processus d’attribution du Fadp apporte un souffle d’air frais indispensable aux rédactions, il matérialise aussi la volonté des autorités de rationaliser le secteur. L’objectif affiché est de distinguer les véritables entreprises de presse viables et professionnelles des structures dites «fantômes» ou évoluant dans l’informel.
Entre le dialogue engagé avec le Cdeps et le rappel strict des règles du jeu du Fadp, le gouvernement pose les bases d’un nouveau contrat de confiance avec les médias : un soutien financier certes, mais réservé aux acteurs qui respectent la loi, leurs employés et leurs obligations fiscales. Reste à savoir si ce vent de dégel permettra d’établir une paix durable entre l’Exécutif et les acteurs de l’information.
