C’est bien d’enquêter, mais enquêter sur sa propre gestion me paraît absurde.
Au Sénégal, le Premier ministre est le chef du gouvernement, et à ce titre, il est aussi le chef de l’Administration.
Voici quelques principales compétences prévues par la Constitution de 2001 encore en vigueur pour ce poste :
1 – Direction et coordination du gouvernement
En tant que chef du gouvernement, le Premier ministre assure l’exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire.
Il préside les conseils interministériels et les réunions ministérielles, ou désigne un ministre à cet effet et procède à l’arbitrage en cas de divergences entre ministres.
Il dispose de l’Administration et peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres.
Il rend compte de la politique gouvernementale devant l’Assemblée nationale et le Président en éclairant les députés sur toutes les questions inhérentes à la gestion.
2 – Pouvoirs réglementaires et législatifs
Le Premier ministre dispose d’un pouvoir réglementaire subordonné : il peut à ce titre prendre des mesures nécessaires au bon fonctionnement des services sous son autorité. Pour les actes généraux, il faut une autorisation par loi ou par décret.
Il peut recevoir par décret une délégation de certains pouvoirs.
Initiative des lois : il a concurremment avec le Président et les députés, l’initiative des lois et le droit d’amendement.
Il peut proposer au Président une révision de la Constitution, mais il n’a pas le dernier mot.
3 – Le Premier ministre a un pouvoir de nomination, et à ce titre, il nomme aux emplois civils déterminés par la loi, et pour les autres postes, c’est le président de la République qui nomme les ministres et secrétaires d’Etat «sur proposition du Premier ministre». Il s’agit là d’un pouvoir de façade puisque le président de la République détient le dernier mot.
4 – Responsabilité politique
La démission du Premier ministre entraîne celle de tout le gouvernement.
Du coup, le rôle du Pm est surtout d’appliquer et coordonner la politique définie par le président de la République, pas de la définir.
En résumé : le Premier ministre sénégalais est le chef de l’Administration et le coordinateur du travail gouvernemental, avec des pouvoirs réglementaires limités et encadrés. Il applique la politique du Président, répond devant l’Assemblée, et assure la continuité de l’action de l’Etat.
En effet, s’il est incontestable que le Premier ministre est le responsable de la mise en œuvre et de la coordination de la politique définie par le président de la République, il est tout aussi clair qu’il a l’obligation de rendre compte de la politique gouvernementale devant l’Assemblée nationale et le président de la République.
Alors si toutes ces obligations constitutionnelles ont été scrupuleusement respectées par le Premier ministre devant l’Assemblée nationale durant deux années passées à la Primature et que les comptes rendus sont disponibles, quelle est la pertinence de créer encore des commissions d’enquête sur les dossiers pilotés par le même Pm devenu en 48h après son limogeage, le président de l’Assemblée nationale ?
Est-ce à dire que la mission de coordination de l’ancien Pm a été mal menée ?
– Est-ce-que le pilotage des dossiers a été trop défaillant ?
– Est-ce-que les comptes rendus faits chaque année devant l’Assemblée nationale ont été biaisés ?
Comme tous les honorables députés, je suis tout aussi foncièrement attaché aux valeurs de transparence et de reddition des comptes. Cependant, l’économie d’énergie dans un pays me paraît nécessaire en cette période de tensions de toutes natures, surtout que c’est bien l’actuel président de l’Assemblée nationale qui était le Pm de la période concernée par les enquêtes.
Bref rappel : le coordonnateur de projet ou programme est le premier responsable de la réussite comme de l’échec de telle ou telle activité ou marché public.
D’ailleurs, en matière de coordination, la problématique de la validation et le suivi des marchés publics demeurent essentiels pour un Premier ministre.
En matière de contrôle de gestion, soit l’intention est honorable, soit l’intention est crapuleuse !
Dans tous les cas, le docteur après la mort n’a jamais été souhaitable.
Examinons ensemble quelques questions plus que préoccupantes pour le Peuple, qui ont été volontairement passées sous silence lors de la session extraordinaire du 10 août 2026 de l’Assemblée nationale :
1 – Pourquoi ranger dans les tiroirs la Lfr si l’on sait que c’est la loi indispensable pour le gouvernement et la satisfaction des besoins des populations ?
2 – Pourquoi ne pas créer une commission d’enquête parlementaire ouverte à la Société civile sur ce qu’on peut désormais appeler «Asergte» vu l’obscurité partout dans le monde rural ?
3 – Sur quel budget sont payés les salaires de tous les anciens ministres recyclés à l’Assemblée nationale formant presque un gouvernement bis ?
4 – Quelle est la base légale du paiement de leurs salaires et autres privilèges vu l’impératif de transparence budgétaire ?
5 – Pourquoi ne pas créer une commission d’enquête parlementaire ouverte à la Société civile sur les fonds politiques déjà consommés par la Primature de 2024 à 2026 ?
6 – Peut-on sérieusement ou valablement légiférer sur les fonds politiques sans un audit exhaustif de l’utilisation des fonds politiques de 2024 à 2027 ?
7 – Pourquoi ne pas créer une commission d’enquête parlementaire ouverte à la Société civile sur les huit (8) milliards qui seraient octroyés aux sinistrés de Bakel quand le maire de Balou déclare devant la presse n’être au courant de rien ?
8 – Pourquoi ne pas créer une commission d’enquête parlementaire ouverte à la Société civile sur les fonds publics octroyés à des victimes de manifestations en l’absence de toute décision judiciaire, seule acceptable pour déterminer qui est victime et qui est délinquant ?
NB : La règle générale et indispensable en matière de réforme législative, c’est qu’il est impossible, voire impertinent de vouloir corriger des manquements qui ne font l’objet d’aucune évaluation scientifique.
En tant que citoyen, observateur de l’action publique, ma conscience de juriste m’interpelle, et j’interpelle à mon tour l’Assemblée nationale pour la lumière sur toutes ces questions.
Je crois en toute objectivité que ces questions sont plus urgentes et plus pertinentes pour le Peuple que ces commissions du 10 août 2026.
Je ne demande que la lumière, ni plus ni moins.
Je présume que l’Assemblée nationale est de bonne foi en créant des commissions d’enquête parlementaire, alors j’espère que mes préoccupations auront une oreille attentive.
Pour la République
Et pour le Peuple.
Amadou Sega KEITA
Juriste-Conseil et Observateur de la Vie Politique
Premier Vice-Président Conseil départemental de Kédougou
