Après des décennies de dépenses militaires massives, de plans de relance et de réductions d’impôts, la dette publique américaine augmente de 10 000 milliards de dollars en seulement quatre ans et demi
La dette publique totale des États-Unis a explosé au cours du dernier quart de siècle, sous l’effet de la hausse des dépenses de défense, de la crise financière de 2008 ainsi que des déficits budgétaires provoqués par les plans de relance et les réductions d’impôts adoptés pendant la pandémie de Covid-19.
Selon les données du département américain du Trésor, la dette publique américaine a connu une progression exponentielle au cours des 25 dernières années, notamment en raison des guerres menées durant cette période, des dépenses militaires considérables du pays et de la pandémie.
La dette publique des États-Unis s’élevait à 5 800 milliards de dollars en août 2001. Elle a dépassé 10 000 milliards de dollars en 2008, sous l’effet des dépenses de défense liées aux guerres en Afghanistan et en Irak ainsi que des réductions d’impôts.
Les plans de sauvetage mis en œuvre après la crise financière mondiale de 2008 ont également contribué à l’alourdissement de la dette.
La dette publique a atteint 20 000 milliards de dollars en 2017. Lorsque la pandémie de Covid-19 a frappé l’ensemble de la planète et alimenté l’inflation mondiale, des plans de relance représentant plusieurs milliers de milliards de dollars ont été annoncés pour faire face à ses conséquences, faisant franchir à la dette publique le seuil des 30 000 milliards de dollars au début de 2022.
L’endettement du pays a continué d’augmenter après la pandémie, sur fond de dépenses militaires et publiques élevées.
La dette publique américaine s’établissait à 38 400 milliards de dollars au début de 2026, avant d’atteindre 40 100 milliards de dollars mardi 18 août.
Il aura fallu environ quatre ans et demi pour que la dette publique américaine passe de 30 000 à 40 000 milliards de dollars, ce qui constitue une accélération historique du rythme d’endettement.
Selon les économistes, la hausse du coût des intérêts, le vieillissement de la population, l’augmentation des prestations de sécurité sociale, le déséquilibre entre les recettes et les dépenses, les réductions d’impôts ainsi que les mesures de relance adoptées durant les périodes de crise figurent parmi les principaux facteurs à l’origine de cette progression rapide.
Le maintien par la Réserve fédérale américaine (Fed) de taux d’intérêt élevés afin de lutter contre l’inflation a plus que doublé la charge des intérêts sur les bons du Trésor. Parallèlement, les réductions d’impôts généralisées ont pesé sur les recettes publiques, tandis que le maintien des dépenses militaires et sociales a contribué à rendre les déficits budgétaires structurels.
Selon le Trésor américain, les recettes du gouvernement fédéral ont progressé de 5 % au cours de l’exercice budgétaire 2026, qui a débuté en octobre 2025.
Le déficit budgétaire américain a augmenté de 10 % au cours des dix premiers mois de l’exercice, jusqu’à la fin du mois de juillet.
Les paiements d’intérêts sur la dette publique ont atteint 1 000 milliards de dollars durant les dix premiers mois de l’exercice budgétaire.
Selon la Fed, le ratio de la dette publique totale au produit intérieur brut (PIB) a atteint 123,7 % au deuxième trimestre de 2020, avant de reculer à 115,6 % au premier trimestre de 2023.
Ce ratio s’établissait à 122,6 % à la fin du premier trimestre de cette année.
La dette publique américaine avait dépassé pour la première fois la taille de l’économie du pays en 2012.
Par ailleurs, les rendements des bons du Trésor américain sont orientés à la hausse, dans un contexte marqué par l’alourdissement de la dette publique, l’important recours à l’emprunt des entreprises pour financer des investissements massifs dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle (IA), les tensions avec l’Iran et les inquiétudes inflationnistes liées à la hausse des prix du pétrole. Face aux incertitudes financières mondiales, les investisseurs exigent également une prime de risque plus élevée.
Bien que les rendements à long terme aient légèrement diminué après l’entrée en fonction du président américain Donald Trump pour un second mandat, les tensions entre les États-Unis et l’Iran les ont propulsés à leur niveau le plus élevé depuis près de 20 ans.
Le département du Trésor a annoncé mercredi qu’il allait au moins doubler le volume de ses opérations de rachat d’obligations à long terme, apportant un soulagement temporaire au marché. Les économistes estiment toutefois que peu d’éléments laissent entrevoir une amélioration prochaine des déficits budgétaires massifs des États-Unis, qui exercent une forte pression sur le marché obligataire.
L’organisation à but non lucratif Committee for a Responsible Federal Budget (CRFB) a récemment indiqué que la dette publique du pays avait augmenté de 1 000 milliards de dollars en moins de cinq mois, qu’elle avait doublé au cours des dix dernières années et quadruplé en moins de 20 ans.
Il avait fallu près de 200 ans pour que la dette totale des États-Unis atteigne pour la première fois 1 000 milliards de dollars, en 1981, lorsque l’ancien président Ronald Reagan avait appelé à une prise de conscience. Aujourd’hui, le pays consacre à lui seul plus que cette somme au paiement des intérêts.
« Une dette de 40 000 milliards de dollars n’existe pas uniquement dans les comptes du gouvernement : elle se fait sentir dans l’ensemble de l’économie et finit, d’une manière ou d’une autre, par peser sur le portefeuille des citoyens », a déclaré Maya MacGuineas, présidente du CRFB.
« Plus nous empruntons, plus nous aggravons l’inflation, réduisons les marges budgétaires consacrées à d’autres priorités et nous rendons vulnérables aux situations d’urgence sur le territoire national ainsi qu’aux troubles à l’étranger », a-t-elle ajouté.
Elle a souligné que la situation budgétaire des États-Unis ne pourrait pas s’améliorer du jour au lendemain, mais qu’un engagement à ne pas contracter de nouveaux emprunts pourrait constituer une première étape vers le redressement.
« Personne ne sait combien de nouveaux seuils de ce type l’Amérique pourra encore franchir », a-t-elle conclu.
