Une partie de la crise se joue à une tout autre échelle que celle des Eurobonds, au FMI, aux créanciers internationaux : celle des PME et grandes entreprises locales qui attendent, parfois depuis des mois, d’être payées par l’État. Le Trésor public a détaillé, lors d’une rencontre avec la presse, comment il compte solder ce passif et surtout, comment il compte éviter qu’il ne se reconstitue.

Le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) concentre l’essentiel de l’attention médiatique sur son volet extérieur : Eurobonds, créanciers bilatéraux, négociations avec le FMI. Mais la rencontre organisée ce jeudi 3 septembre 2026 par le ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, dans le sillage de l’accord technique conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), n’a pas porté que sur la dette extérieure. 

Le directeur de la Comptabilité publique du Trésor, Amadou Tidiane Gaye, a consacré une large partie de son intervention à un dossier plus discret mais tout  aussi structurant pour l’économie réelle : la dette intérieure due au secteur privé. 

Le directeur de la Comptabilité publique du Trésor, Amadou Tidiane Gaye, a tenu à recadrer le diagnostic : selon lui, «cette dette intérieure ne traduit pas un problème de solvabilité de fond, mais une crise de trésorerie qui a temporairement empêché l’État d’honorer ses engagements dans les délais.» 
 
Cette nuance n’est pas anodine. Elle conditionne la solution retenue : plutôt qu’une restructuration de cette dette, c’est un plan de rattrapage pur et simple qui a été engagé, avec un calendrier resserré. Point de départ du dispositif, un audit de l’Inspection générale des finances (IGF), désormais finalisé, qui doit servir de référentiel officiel pour arrêter le montant exact dû aux opérateurs privés. Un préalable indispensable après plusieurs années où l’ampleur réelle de ce passif restait floue. 
 
Sur cette base, l’effort budgétaire s’est nettement accéléré : 300 milliards de FCFA avaient été inscrits l’an dernier dans la loi de finances, un montant porté à 500 milliards de FCFA dans la loi de finances 2026, avec un objectif de mobilisation effective avant la fin de l’exercice, renseigne Amadou Tidiane Gaye. 
 
Le vrai test : ne plus jamais recommencer
 
Rattraper le retard ne suffit pas si le même scénario se reproduit deux ans plus tard. C’est pourquoi le Trésor met en avant un second engagement, pris cette fois dans le cadre du programme conclu avec le FMI : ne plus jamais dépasser un délai de paiement de 90 jours envers ses fournisseurs. Un dispositif de suivi annuel, associant l’IGF et les inspections ministérielles, doit permettre de détecter tout risque de dérive avant qu’il ne s’accumule à nouveau. Une manière de transformer un engagement politique en mécanisme de contrôle vérifiable. 
 
Reste une question de financement : comment payer 500 milliards de FCFA sans peser davantage sur un marché intérieur déjà sollicité par ailleurs pour financer l’État ? Le Trésor mise sur une diversification des sources : accès élargi aux marchés extérieurs (une option relativement nouvelle pour le Sénégal, qui n’avait jusqu’ici accès qu’au marché intérieur), maintien des relations avec les bailleurs multilatéraux et bilatéraux, et poursuite, en parallèle, des opérations sur le marché domestique. 
 
Pour les autorités, l’enjeu dépasse la seule question comptable. En reconstituant la trésorerie des entreprises locales, l’apurement des arriérés est présenté comme un levier de relance à part entière : reprise des investissements privés, préservation de l’emploi, regain de compétitivité pour des entreprises sénégalaises appelées à se positionner aussi bien sur le marché national qu’à l’international. Un pari qui ne se vérifiera, comme souvent, qu’à l’usage, au rythme effectif des décaissements promis d’ici la fin de l’année.

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