Des scientifiques viennent de mettre en lumière le rôle potentiel de certains composants du lait maternel dans la limitation des gènes liés à la résistance aux antibiotiques chez les bébés.
Dès les premiers jours de sa vie, le microbiote intestinal du nourrisson commence à se constituer, avec des gènes pouvant rendre certaines bactéries résistantes aux antibiotiques. Mais les mécanismes qui influencent leur apparition restent encore mal compris, selon une équipe internationale de chercheurs. Ces derniers se sont ainsi penchés sur la question dans une nouvelle étude publiée dans la revue Cell Reports Medicine.
Les bébés nourris exclusivement au sein présentent moins de gènes de résistance aux antibiotiques
Pour la mener à bien, les auteurs ont examiné les matières fécales de 57 bébés âgés d’un moins appartenant à la cohorte MAMI, un groupe de population de la Communauté valencienne composé de mères et de leurs enfants. Les nourrissons ont été suivis de la naissance à l’âge de six ans afin d’étudier la formation et l’évolution du microbiote intestinal infantile. En parallèle, les scientifiques ont passé au crible des échantillons de lait maternel des mères des enfants suivis pour déterminer si la composition du lait maternel, qui varie notamment selon les femmes, peut influencer l’apparition précoce de gènes de résistance aux antibiotiques dans l’intestin du nourrisson.
Les travaux montrent que les bébés nés par césariennes présentent des différences dans la diversité des gènes de résistance aux antibiotiques par rapport à ceux nés par voie vaginale. Autre constat : l’allaitement maternel exclusif réduisait l’abondance et la diversité de ces gènes. Le statut de sécréteur maternel, à savoir une caractéristique biologique de la mère qui détermine si elle produit, ou non, certains oligosaccharides (des sucres complexes qui peuvent favoriser certaines bactéries intestinales bénéfiques) dans son lait, a aussi modifié la composition des gènes de résistance aux antibiotiques présents dans l’intestin chez les bébés nourris exclusivement au lait maternel.
Lait maternel : les oligosaccharides pourraient façonner les défenses des enfants
Pour la première fois, les chercheurs ont identifié les oligosaccharides, présents dans le lait maternel, comme modulateurs du développement de la résistance intestinale infantile. La quantité et le type de ces oligosaccharides varient d’une mère à l’autre et dépendent, en partie, du « statut sécréteur » lié au gène FUT2. Les mères présentant ce statut produisent généralement davantage de certains oligosaccharides du lait maternel, notamment les Bifidobacterium. Chez les nourrissons allaités, deux sucres, le 2′-fucosyllactose (2′-FL) et le 6′-sialyllactose (6′-SL), étaient associés à une moindre abondance de certains gènes de résistance aux antibiotiques.
D’après l’équipe, ces résultats montrent que le lait maternel pourrait agir sur la santé du bébé par des mécanismes bien plus complexes que son seul rôle nutritionnel. Sa composition, notamment ses oligosaccharides, pourrait ainsi constituer une piste intéressante pour mieux comprendre et, peut-être à terme, moduler le développement de la résistance aux antibiotiques dès les premières semaines de vie.
