Alors que les Sénégalais multiplient les plaintes face aux délestages répétés de ces dernières semaines, le directeur général de la Société nationale d’électricité (Sénélec), Papa Toby Gaye, a accepté de s’expliquer longuement lors du journal télévisé de 20h ce lundi 21 septembre 2026 sur la RTS. Face à la présentatrice de l’édition, il a détaillé les causes techniques, financières et géopolitiques d’une situation qu’il a d’emblée qualifiée d’imprévisible.
Avant même d’entrer dans le détail technique, le patron de l’entreprise publique a tenu à s’adresser directement aux consommateurs excédés par les coupures survenues en pleine période de forte chaleur. Il a présenté ses excuses à l’ensemble des Sénégalais, et particulièrement aux clients confrontés à ces désagréments récurrents.
Interrogé sur l’origine de la crise, Papa Toby Gaye a identifié une conjonction de plusieurs facteurs. Le premier tient à deux pannes simultanées touchant des équipements stratégiques du parc de production. La première concerne le FSRU (Floating Storage and Regasification Unit) installé au large du Cap des Biches, l’unité flottante qui permet de regazéifier le GNL (gaz naturel liquéfié) utilisé pour alimenter les centrales depuis la conversion, il y a plus de deux ans, du fioul lourd au gaz. Sur ce dispositif, c’est une pompe surpresseur — comparable, selon lui, aux pompes domestiques qui augmentent la pression de l’eau dans les maisons — qui est tombée en panne.
La seconde panne touche une turbine à gaz de la centrale de West African Energy. Le DG a précisé qu’il ne s’agissait pas à proprement parler d’une panne mais d’une opération de maintenance : une « boroscopie », technique d’inspection interne comparable à une endoscopie médicale, devait être réalisée avant le redémarrage de la machine. Or l’appareil utilisé, le boroscope, a lui-même été endommagé au cours de l’opération, retardant d’autant le diagnostic et la remise en service de la turbine.
Une période de pointe qui aggrave la situation
Au-delà des pannes, le directeur général a souligné que la crise survient en pleine période de pointe de consommation, ce qui mobilise l’ensemble des unités de production disponibles pour répondre à la demande. Il a rappelé que la Sénélec avait initialement projeté un pic de demande d’environ 1 300 mégawatts pour le mois d’octobre, alors que ce seuil était déjà atteint dès le mois d’août, à 1 400 mégawatts. Un décalage qui a réduit la marge de manœuvre de l’opérateur face aux pannes survenues.
Troisième facteur avancé par Papa Toby Gaye : les tensions logistiques mondiales, directement liées, selon lui, au conflit entre l’Iran et les États-Unis, qui compliquent l’acheminement des combustibles (fioul lourd, gasoil) nécessaires à la production électrique. Il a expliqué que cette contrainte logistique empêche même le respect des délais normaux de décantation des produits livrés. Un temps de repos habituellement nécessaire pour laisser se déposer les impuretés au fond des cuves de stockage. Faute de ce délai, les filtres censés nettoyer ces impuretés, normalement conçus pour durer un mois, se colmatent en une demi-journée et doivent être changés en permanence.
Le quatrième facteur mis en avant est d’ordre financier. Le directeur général a rappelé que le prix du baril de pétrole, budgétisé à 60 dollars, s’établit désormais autour de 100 dollars, tandis que le prix du gaz naturel liquéfié utilisé pour le FSRU du Cap des Biches est passé de 13 à 29 dollars. Cette flambée des coûts, achetés au comptant, met sous tension la trésorerie de l’entreprise, selon ses propres termes.
Interrogé sur l’existence éventuelle de mesures d’anticipation, Papa Toby Gaye a soutenu que ce scénario n’était pas prévisible, la guerre entre l’Iran et les États-Unis et ses répercussions logistiques constituant, selon lui, des facteurs exogènes échappant à toute planification. Il a néanmoins assuré que la Sénélec était parvenue, malgré les difficultés financières et logistiques, à maintenir la production, avant que les deux pannes évoquées ne viennent aggraver la situation.
Un retour à la normale annoncé pour la fin de semaine
Sur le calendrier de résolution, le DG a livré un échéancier précis. Concernant le FSRU, la pompe défectueuse serait déjà arrivée à Dakar : son montage était prévu le lundi 21 septembre, avec des tests le mercredi 23, pour une remise en service au plus tard le jeudi 24 septembre. Pour la turbine de West African Energy, le boroscope de remplacement, envoyé depuis le Ghana, devait également être disponible le mercredi. Il a ainsi évoqué un rétablissement progressif de l’offre au plus tard en fin de semaine, tout en précisant que les questions structurelles d’approvisionnement en combustible restaient à traiter avec les autorités.
Au-delà des coupures, Papa Toby Gaye a également répondu aux critiques visant le système de crédit prépayé Woyofal, accusé par de nombreux usagers de s’épuiser trop rapidement. Il a d’abord rappelé que le prix du kilowattheure de la première tranche avait été réduit depuis décembre de l’année précédente, sans nouvelle hausse depuis. Selon lui, l’incompréhension des usagers tient moins à une hausse des tarifs qu’à une hausse réelle de la consommation, combinée à une mauvaise lecture de la logique tarifaire par tranches.
Il a illustré ce mécanisme par un exemple chiffré : une centrale solaire comme celle de Kaéling Solar produirait de l’électricité à environ 27 à 30 francs CFA le kilowattheure pour une capacité de 25 mégawatts, quand une centrale à charbon comme celle de Sendou reviendrait à 48 francs, et une centrale comme celle de Malicounda pourrait atteindre 200 francs. Plus la demande grimpe, plus la Sénélec doit solliciter des unités de production coûteuses, ce qui justifie, selon lui, une tarification progressive par tranches plutôt qu’un prix unique moyenné. Il a par ailleurs indiqué qu’environ 900 000 consommateurs sénégalais ne dépassent jamais la première tranche tarifaire, ouvrant selon lui un débat légitime sur l’équité du système actuel.
Interrogé sur d’éventuels problèmes de mesurage liés au Woyofal, le directeur général a exclu toute anomalie systémique, rappelant que les compteurs sont étalonnés par la direction de la métrologie et du contrôle avant leur mise en service. Il a toutefois reconnu que certains compteurs individuels peuvent se dérégler, et a assuré qu’une procédure de vérification par un tiers indépendant existe pour les usagers qui en font la demande.
Le vandalisme des infrastructures, un phénomène en hausse
Le DG a enfin été interrogé sur les actes de vandalisme visant le réseau électrique, illustrés dans un reportage sur la commune de Sébikotane où treize postes électriques ont été saccagés. Il a confirmé une recrudescence de ce phénomène depuis le début de l’année, avec une accentuation récente. La Sénélec dit avoir mis en place des dispositifs internes de surveillance pour anticiper ces actes et avoir déposé plainte devant la justice.
Papa Toby Gaye a également invité les consommateurs à distinguer un délestage programmé, censé ne pas excéder une heure, d’une panne réelle, citant l’exemple d’une cousine l’ayant appelé en pensant subir un délestage alors qu’il s’agissait d’une panne. Il a appelé la population à signaler toute coupure prolongée au centre d’appel de l’entreprise et à aider à identifier les auteurs d’actes de vandalisme, rappelant que certains postes électriques se trouvent au sein même des concessions privées.
Le directeur général a par ailleurs tenu à remercier les partenaires régionaux qui soutiennent actuellement la Sénélec dans la fourniture d’électricité, citant nommément la Guinée
