La question n’est pas de savoir si on aime Macky Sall ou pas, mais plutôt ce qui sert le mieux le Sénégal, d’autant que soutenir une candidature internationale ne signifie pas absoudre un bilan et refuser par principe ne signifie pas rendre justice


Le Sénégal nous transcende. Cette affirmation n’est ni un slogan commode, ni une formule de circonstance car elle nous dit que la Nation s’élève au-dessus de nos états d’âme, de nos clivages partisans, de nos ressentiments personnels. Elle rappelle ainsi que, face aux enjeux supérieurs, l’intérêt national doit prévaloir sur toute autre considération.

C’est précisément ce principe qui est aujourd’hui mis à l’épreuve avec la candidature officielle de l’ancien président de la République, Macky Sall, au poste de Secrétaire général des Nations Unies, sous le parrainage du président du Burundi, par ailleurs président en exercice de l’Union africaine.

Dans une interview accordée à Baye Oumar Guèye, Directeur général de Sud FM, le ministre des Affaires étrangères Cheikh Niang, a précisé que : « Conformément aux usages diplomatiques à l’ONU, tout État membre conserve le droit souverain de proposer la candidature de son choix à ce poste, sans que cela ne constitue en soi une irrégularité » 

Il ajoute toutefois que « le gouvernement du Sénégal n’a pas été associé à cette démarche » et que celle-ci « n’a pas fait l’objet de discussions officielles lors du récent sommet de l’Union africaine tenu en février, ni d’aucun endossement formel ». Autre élément significatif : Macky Sall aurait saisi le président Bassirou Diomaye Faye pour solliciter le soutien du Sénégal à sa candidature. La requête serait « sur la table » du chef de l’État, en attente de décision. 

Au-delà de ces péripéties diplomatiques, une certitude s’impose : le président de la République est le Président de tous les Sénégalais. Sa fonction le place nécessairement au-dessus des appartenances politiques, des croyances religieuses, des origines sociales ou des trajectoires individuelles. Par le serment qu’il a prêté, il est donc tenu de défendre, sans considération partisane, les intérêts supérieurs du Sénégal.

Dès lors, si la candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU peut objectivement servir le rayonnement international du pays, la question ne saurait être tranchée à l’aune des passions internes. Refuser par ressentiment serait endosser le lourd boubou de la revanche. Soutenir par conviction serait par contre revêtir l’habit de l’homme d’État.

Certains objecteront que l’ancien président porterait la responsabilité morale dans les violences ayant émaillé la fin de son magistère. A ceux-là, il faut rappeler la récente loi d’amnistie votée par l’Assemblée nationale et l’élection présidentielle qui s’est tenue après l’invalidation de la prolongation du mandat de Macky Sall par la Cour suprême. La passation de service s’est ensuite opérée dans les formes républicaines et l’ancien président a quitté le pouvoir conformément aux règles constitutionnelles.

C’est dire qu’en permettant l’alternance, la République a clos une séquence pour en ouvrir une autre.

Et c’est précisément à ce niveau que s’invite la figure immense de Nelson Mandela. Il importe en effet de rappeler qu’après vingt-sept années de captivité, dont une longue détention à Robben Island, Madiba aurait pu gouverner sous le sceau de la revanche. Au lieu de cela, il choisit au contraire la réconciliation et fit le pari de gouverner avec ses anciens geôliers avec l’ambition forte de transformer un pays ravagé par l’apartheid en une nation arc-en-ciel. Non par naïveté mais par une conviction chevillée au corps, à savoir qu’aucun pays ne se construit durablement sur la haine. Le Sénégal est assurément à un tournant comparable, toutes proportions gardées. La rupture engagée ne doit pas être revancharde, mais disruptive dans ses méthodes. Elle suppose la fin de la gabegie, la rupture avec la gestion patrimoniale et clientéliste du pouvoir, la consolidation de la démocratie, le renforcement de la redevabilité. Ce sont là des urgences qui exigent des institutions fortes, à commencer par une justice indépendante, dotée des moyens de sa politique. Elles appellent surtout une culture politique fondée sur le dépassement des ressentiments. La question n’est donc pas de savoir si on aime Macky Sall ou pas, mais plutôt ce qui sert le mieux le Sénégal, d’autant plus que soutenir une candidature internationale ne signifie pas absoudre un bilan et refuser par principe ne signifie pas rendre justice non plus. Pour sûr, l’État n’est ni un tribunal d’émotions ni un champ de règlements de comptes. Parce que le Sénégal nous transcende, il nous rappelle que la grandeur d’une Nation se mesure à sa capacité à dépasser ses fractures pour faire prévaloir l’essentiel. Et cet essentiel s’appelle intérêt national.

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