Grâce à ses innovations, comme le laboratoire médical mobile de pointe Bionear testé au Sénégal, Praesens Care, une entreprise spécialisée dans la conception et la construction de plateformes de services de santé, développe des solutions connectées et adaptées aux réalités locales. Pour sa co-fondatrice, Aurélie Cappuyns, rencontrée à Lyon, dans le cadre du Sommet sur le « One Health » (6-7 avril 2026), « dans des contextes où les infrastructures sont limitées, la mobilité et l’autonomie (…) permettent de transformer complètement la réponse sanitaire », rapporte le Soleil.
Les solutions de santé mobile que vous avez développées ont été déterminantes pendant la pandémie de Covid-19. Pouvez-vous y revenir, notamment au Sénégal, et présenter votre entreprise ?
La pandémie de Covid-19 a été un moment déterminant qui a démontré concrètement la valeur des solutions de santé mobile, particulièrement au Sénégal, premier pays où nous avons lancé notre Bionear, un laboratoire médical mobile de pointe. Dès les premiers cas, en mars 2020, les autorités sénégalaises, en collaboration avec l’Institut Pasteur de Dakar, ont déployé ce laboratoire mobile que nous avons développé, notamment à Touba, qui était rapidement devenu un foyer important en raison de la densité de sa population et des flux de voyageurs. Ce laboratoire mobile a permis d’apporter le diagnostic directement sur le terrain, au plus près des patients. Concrètement, plus de 11 000 échantillons (l’équivalent de +/- 9 % du nombre total d’échantillons testés au niveau national) provenant de plusieurs régions du pays ont été testés en quelques mois ; ce qui a permis non seulement de mieux suivre la propagation du virus, mais de détecter aussi les premiers cas dans de nombreux districts sanitaires.
Mais, au-delà des chiffres, l’impact le plus important a été la rapidité : plus de 99 % des résultats étaient disponibles en moins de 24 heures ; ce qui est essentiel en période d’épidémie pour isoler les cas, tracer les contacts et prendre des décisions rapidement.
Ce que cette expérience a montré, c’est que dans des contextes où les infrastructures sont limitées, la mobilité et l’autonomie, surtout énergétique et technologique, permettent de transformer complètement la réponse sanitaire. On ne dépend plus uniquement de laboratoires centralisés : on va vers les populations. C’est précisément cette philosophie que nous poursuivons depuis notre création : construire des systèmes de santé plus proches, plus réactifs et mieux adaptés aux réalités locales. Praesens Care développe des solutions mobiles et connectées pour apporter le diagnostic médical directement aux populations, notamment dans les zones éloignées. Au Sénégal, nous travaillons avec les acteurs locaux pour renforcer l’accès aux soins, améliorer la détection précoce des maladies et contribuer à une meilleure préparation face aux épidémies. Notre ambition est simple : que chaque personne, où qu’elle vive, puisse accéder à un diagnostic rapide et de qualité.
En dehors de la Covid-19, quelles sont les innovations que vous offrez pour faciliter l’accès aux soins, en particulier en Afrique où ce défi subsiste ?
Au Sénégal, nous sommes actifs depuis 2017 et en partenariat étroit avec les autorités sanitaires et l’Institut Pasteur de Dakar. Le Bionear vient en appui aux dispositifs existants, notamment le réseau national de surveillance 4S, contribuant ainsi à renforcer la détection précoce et la réponse aux épidémies. Ces capacités sont également régulièrement sollicitées par le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, en particulier lors de grands rassemblements religieux, tels que le Magal de Touba, où les enjeux de surveillance sanitaire et de prévention sont majeurs. Au-delà de ces contextes, le Bionear est aussi utilisé pour des activités de médecine du travail, singulièrement les visites médicales de salariés de grandes entreprises, ainsi que comme outil de formation au Care center de l’Institut Pasteur de Dakar. Cette diversité d’usages est essentielle : elle permet de mettre en place un modèle opérationnel flexible, adapté aux besoins du terrain, tout en assurant la durabilité de cette capacité stratégique.
Pourquoi avez-vous opté pour de telles innovations et quel est leur impact en termes d’accès aux soins ?
Nous avons fait le choix de développer ces innovations pour répondre à une réalité simple : dans de nombreuses régions, notamment en Afrique, l’accès aux soins reste limité par des contraintes géographiques, logistiques et d’infrastructure. Nos solutions ont donc été conçues pour compléter les dispositifs existants, sans s’y substituer, en apportant des capacités supplémentaires là où elles sont le plus nécessaires. Ce qui relie l’ensemble de nos innovations, c’est leur capacité à être mobiles, connectées et adaptées au terrain africain. Leur impact est très concret : elles permettent de rapprocher les soins des populations, d’améliorer la prévention et le suivi des patients et de renforcer la gestion des crises sanitaires. Cela a été une aventure humaine passionnante, marquée par des vies sauvées.
Enfin, ces capacités présentent un caractère dual : elles peuvent répondre à des enjeux de santé publique classiques, mais également à des situations plus complexes, qu’ils s’agissent d’évènements accidentels ou de menaces biologiques. Cela en fait des outils particulièrement pertinents pour renforcer la résilience globale des systèmes de santé.
Un point fondamental pour nous est de garantir, même dans des environnements décentralisés parfois contraints, un niveau de qualité diagnostique au moins équivalent, voire supérieur, à celui des laboratoires centralisés. C’est une condition essentielle pour assurer la confiance et l’efficacité des systèmes de santé.
Quelle collaboration avez-vous avec les organisations de la société civile, les associations communautaires de base dans les pays où vous intervenez ?
C’est un point essentiel. La collaboration est au coeur de notre approche. Nous co-construisons toujours ces solutions avec les acteurs locaux, pour qu’elles soient réellement utiles, appropriées et durables. Avec les organisations de la société civile, les Ong, les acteurs communautaires, les structures locales, la collaboration est tout aussi essentielle. Ce sont elles qui ont une connaissance fine du terrain, des populations et des réalités locales. Elles jouent un rôle clé pour faciliter l’accès aux communautés, sensibiliser et accompagner les populations et assurer l’appropriation des solutions. L’acceptation, la confiance et la compréhension des populations restent essentielles pour l’efficacité des interventions.
Présentement, sur quelles solutions travaillez-vous et quelles sont vos ambitions ?
Aujourd’hui, notre ambition est claire : passer d’une logique de réponse ponctuelle à une transformation durable de l’accès aux soins en nous appuyant sur des modèles éprouvés que nous pouvons désormais mettre à l’échelle. Nous sommes profondément convaincus que la santé doit aller vers les gens et non l’inverse. C’est ce qui guide l’ensemble des solutions que nous développons aujourd’hui. Nos expériences de terrain, notamment au Sénégal et dans d’autres contextes exigeants, nous ont permis de structurer une approche qui fonctionne. Elles servent désormais de véritable référence pour un déploiement à plus grande échelle. L’objectif est d’aller encore plus loin en répondant, de manière plus structurée, plus efficace et plus durable, à des besoins qui restent majeurs et finalement universels en matière d’accès aux soins.
