Le pouvoir peut faire beaucoup de choses, mais il ne peut convertir la médiocrité en excellence, ni le vice en vertu. Un pays qui se respecte doit être exigeant en matière de choix de ses dirigeants, mais quand on élève le manque de sérieux et de rigueur au rang de culture, on peut se payer le luxe de choisir les leaders les moins nantis d’exemplarité. Certains écervelés parmi les membres de l’engeance paradent désormais en mimant manger de l’herbe. Ce n’est pas du sarcasme, c’est une représentation de la conception qu’ils ont du pays et de son avenir. Si ce qui se fait ne s’arrête pas, il n’est pas loin le jour où vous mangerez de l’herbe, et cette fois-ci, pour de vrai et non par ironie insolente. La pire des médiocrités est celle qui s’ignore et qui confond arrogance et courage.
Ils sont tellement médiocres qu’ils voient le châtiment comme unique moyen d’avoir ce qu’on veut. Ce que cette engeance est en train de faire, c’est de traduire la haine en système de législation : ils veulent remplacer tout le monde car ils sont gênés par le beau et le bien. Le seul univers dans lequel ils sont à l’aise, c’est l’indigence intellectuelle et la méchanceté gratuite. Envisager de faire perdre à un député, élu du Peuple, son mandat alors qu’on est soi-même député, élu par ce même Peuple. On ne rend pas une République meilleure par la sanction, on la rend meilleure par la pédagogie et la sagesse.
La vérité qui fait mal est qu’on a confié le pays à des plaisantins, et ils vont le détruire s’ils trouvent des citoyens suffisamment irresponsables pour les suivre dans leur folie. Il y a des gens qui doivent certainement se sentir petits au fond de leur âme, parce qu’ils affichent des dehors d’optimisme et de conviction, à cause de ce qu’ils ont vendu, le respect et la bienséance, pour acheter des imposteurs incapables de gérer une mairie.
Deux ans de pouvoir, plusieurs documents de politique et de stratégie : résultats= abaissement de toutes les notes du pays. Malgré ce sinistre bilan, ils osent parader et faire une démonstration de force. Quelle indécence ! Ces gens ne savent pas travailler, tout ce qu’ils savent faire, c’est alimenter des conflits et trouver des boucs émissaires. Il y a des personnes qui devraient avoir de la gêne à montrer leur visage en public. C’est dire le niveau de dévergondage dans ce pays !
Ce pays est en lui-même une énorme supercherie. On est tombé tellement bas qu’on a préféré se défaire de sa propre capacité critique pour se fondre dans un narcissisme collectif ! Comment dans un pays comme le Sénégal, avec des milliers d’enfants qui récitent parfaitement le Coran (comme l’attestent les nombreux succès de jeunes Sénégalais dans les compétitions internationales dans ce domaine), a-t-on pu se laisser subjuguer par un gamin qui ne maîtrise même pas le Coran ? Si vous connaissez la réponse, vous comprendrez comment des personnes diplômées, des érudits de l’islam, ont pu succomber aux stupidités comme «projet bi», «sàcc yi», «système bi».
Le Sénégalais aime se bercer d’illusions : tous nos problèmes découlent de cette disposition psychique. L’énergie que nous dépensons pour nous couvrir d’illusions aurait développé n’importe quel pays organisé autour de la rationalité. Les «descendants» des admirateurs hystériques de Cheikhou Sharifou sont les plus zélés défenseurs de cette imposture. Un gamin qui ne comprend même ce qu’il dit a fait faire assis-débout à des adultes, son pendant politique fait faire à ses concitoyens la génuflexion devant l’absurde et le faux.
Un homme politique dont le seul génie est de transformer des enseignants en dispensateurs de haine et de violence, n’est pas un homme politique, c’est l’antéchrist de la morale et de la politique à la fois. Que tous republient ses posts Facebook entre 2021et 2024, on verra qui est capable d’affronter la contradiction sans violence et qui publiait des appels à la violence. L’insolence, la violence et la propagation de la haine ne sont pas des arguments, ça ne relève pas de la critique. Un type qui fait ça sous le prétexte de la critique ne devrait pas seulement être bloqué, il devrait être banni de Facebook.
Quand un Peuple a soif de gloire et de rédemption, il lui arrive souvent de récolter l’imposture. Ousmane Sonko avait annoncé des projets pour la mairie de Ziguinchor. Il avait même annoncé la création d’une monnaie locale. Que quelqu’un me dise ce que ce monsieur a réalisé à Ziguinchor ! J’ose croire que cette fable de la monnaie locale était juste un appât pour encore pêcher des poissons bipèdes. Car un projet qui n’est pas capable de survivre à son initiateur n’en est pas un. Si le Conseil municipal avait déjà ficelé et entériné ce projet après des études sérieuses, sa mise en application après le départ de Sonko ne devrait pas en principe poser problème.
Pour toute personne qui réfléchit sur les problèmes de la société sénégalaise, le cas Ousmane Sonko est important. L’intérêt de l’imposture Sonko n’est pas forcément lié au personnage lui-même, mais à ce qu’il révèle : une société qui ne fait rien pour sortir de la misère. On peut comprendre que des ignorants et des ratés soient subjugués par le personnage, ou que des gens de bonne foi le croient pour diverses raisons. Ce qui, en revanche, est incompréhensible, c’est l’attitude de certains intellectuels, prêts à défendre le diable et le satanisme avec des arguments qui défient le bon sens, la logique, l’exigence de vérité et le devoir de moralité. Comment de grands intellectuels, ou du moins présentés comme tels (car le blanchiment des idées est devenu un fléau dans ce monde des idées), se permettent de défendre des actes qu’ils dénonçaient avec bruit et fureur hier ? C’est vraiment décevant. C’est aussi symptomatique des causes profondes de notre retard sur tous les plans. Nous ne sommes pas sérieux ! Nous ne sommes pas capables d’être sérieux. Nous sommes profondément pourris. L’objectivité nous répugne, la rigueur nous semble facultative, et la moralité saisonnière.
Alassane K. KITANE
