Après avoir porté plainte contre son prédécesseur Baba Diallo, fait casser les décisions de régulation de l’ARCOP devant la Cour suprême et brandi des menaces contre ses « détracteurs » dans l’affaire du marché N°T02296/24‐DK objet d’un décaissement de 37 milliards de F CFA, Jean Michel Sène, le patron de l’Aser, revient à travers une lettre confidentielle en date du 19 mai 2026 interpeller l’argentier de l’État, Cheikh Diba sur le blocage du financement du projet. Le Directeur général de l’ASER (Agence sénégalaise d’Électrification rurale) sollicite l’intervention du ministère des Finances et du Budget auprès de la banque qui finance le projet d’électrification rurale attribué à la société AEE POWER EPC, financé par la banque espagnole Banco Santander avec une garantie de l’agence espagnole CESCE. Dans un document confidentiel intitulé « situation du pro‐ jet et suspension des travaux‐ marché N°T02296/24‐DK », consulté par la rédaction le Témoin, le DG Jean Michel Sene précise que les obstacles qui bloquaient le projet ont été levés après une décision de la Cour suprême. L’ASER affirme avoir accompli toutes les tâches qui relevaient de sa responsabilité.
Alors que le projet d’électrification rurale portant sur 1 740 localités semblait engagé vers une reprise normale, une nouvelle zone d’incertitude est apparue autour de son financement. Dans une correspondance adressée au ministre de tutelle, le Directeur général de l’ASER fait état d’une situation préoccupante liée à la suspension des décaissements par Banco Santander.
Selon le document, « à la suite de la décision de la Cour suprême du Sénégal ayant conduit à l’annulation de la mesure de suspension précédemment prononcée par l’ARCOP, plusieurs actions ont été engagées afin de permettre une reprise normale et sécurisée du projet ».
L’ASER indique que les contraintes administratives ayant affecté le rythme d’exécution du programme « ont progressivement été levées ». L’agence assure également avoir rempli l’ensemble des obligations qui lui incombaient dans le cadre de l’exécution du marché.
Parmi les actions réalisées figurent notamment une phase pilote d’électrification avant la mise en œuvre des 1 740 localités prévues, des visites de terrain ainsi que des études et plans d’exécution pour plus de 300 localités. L’ASER souligne également avoir soumis les spécifications techniques des équipements à la SENELEC qui les a validées.
Le document mentionne en outre « la réalisation des études environnementales et sociales ainsi que l’obtention du quitus environnemental le 03 avril 2026 », mais aussi l’organisation de missions conjointes avec la SENELEC en Chine et en Espagne auprès de fabricants internationaux (METALSEC, INAEL …) afin de procéder aux essais et à la réception des équipements destinés au projet.
L’agence affirme également avoir pris plusieurs mesures destinées à sécuriser le projet sur le plan financier. Elle cite notamment la saisine de la Direction centrale des marchés publics (DCMP), de l’entreprise AEE POWER EPC ainsi que de la SONAC afin de vérifier la régularité des avances accordées, leur utilisation et la validité des garanties fournies.
Selon le Directeur général, « aussi bien sur le plan technique que sur le plan financier, l’ASER a entrepris l’ensemble des diligences nécessaires visant à lever l’ensemble des obstacles relevant de ses responsabilités et à sécuriser l’exécution normale du projet ».
Malgré ces avancées, le principal point de blocage demeure la question du financement.
Dans sa lettre, le DG de l’ASER, Jean Michel Sene fait savoir qu’« une incertitude majeure demeure quant à la disponibilité effective du financement et à la poursuite des décaissements par Banco Santander ». Il ajoute que « l’ASER n’a, à ce jour, obtenu aucun retour permettant d’apporter une visibilité suffisante sur la continuité du financement ».
L’agence estime que la décision de la banque espagnole est intervenue sans justification officielle. « La suspension des décaissements à l’initiative de Banco Santander est intervenue de manière unilatérale, alors même qu’aucun élément juridique ou contractuel n’a, à ce jour, été officiellement porté à la connaissance de l’ASER ou de l’État du Sénégal pour en justifier le fondement », souligne le document.
Plus loin, le Directeur général rappelle que « le principal interlocuteur institutionnel de la Banque susceptible de lui faire respecter rigoureusement ses engagements contractuels vis‐ à‐vis de l’État du Sénégal demeure le Ministère des Finances et du Budget ».
L’ASER redoute que la poursuite des travaux dans un contexte d’incertitude financière n’ex‐ pose l’État du Sénégal à des risques contractuels. En effet, l’entreprise chargée des travaux pourrait continuer à émettre des factures alors même que les ressources destinées au financement du marché restent bloquées.
Le document va même plus loin en affirmant que « en suspendant unilatéralement les décaissements, la Banque viole les dispositions contractuelles qu’elle a signées avec l’État du Sénégal par le biais du MFB »
Face à cette situation, l’agence envisage une mesure radicale. « Afin d’éviter toute situation susceptible d’engager la responsabilité contractuelle de l’État du Sénégal ou de le placer dans une situation de défaut vis‐à‐vis du titulaire du marché, l’ASER envisage de suspendre l’exécution des prestations et travaux relatifs au marché n° T0296/24‐DK », écrit le Directeur général.
L’ASER sollicite l’intervention du ministère des Finances afin d’obtenir des clarifications de Banco Santander sur la poursuite du finance‐ ment. L’objectif, selon l’agence, est de parvenir à « une reprise sécurisée et soutenable des ac‐ tivités du projet », atteste la note.
