Avec une exposition évaluée à 3,5% de son PIB via les marchés financiers, la Côte d’Ivoire affronte une menace de contagion directe. De quoi pousser les acteurs régionaux à exiger une résolution rapide de l’impasse budgétaire sénégalaise
La crise de la dette sénégalaise ne concerne plus seulement le Sénégal. Dans un rapport publié le 2 juin 2026, S&P Global Ratings tire la sonnette d’alarme sur un risque de contagion régionale, et la Côte d’Ivoire, première économie de l’UEMOA, est directement dans le viseur , repris par seneplus .
Le mécanisme est précis. Des investisseurs internationaux ont placé des fonds dans des banques ivoiriennes opérant au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Ces banques détiennent elles-mêmes des positions sur la dette sénégalaise. Résultat : l’exposition de la Côte d’Ivoire à la crise sénégalaise représente environ 3,5% de son PIB, selon S&P.
Ce n’est pas une exposition directe, c’est une exposition par ricochet. Et c’est précisément ce qui la rend difficile à anticiper et à contenir.
S&P ne prédit pas une catastrophe ivoirienne. L’agence note que « des fondamentaux domestiques solides constituent un ancrage » : les investisseurs locaux détiennent environ 73% de la dette locale ivoirienne, et la liquidité bancaire, soutenue par les dépôts, continue d’alimenter la demande. Ces éléments limitent la propagation d’un choc éventuel.
Mais le risque de contagion existe bel et bien, et il est d’autant plus préoccupant que le Sénégal lui-même se trouve dans une situation critique. S&P vient d’abaisser la note de dette locale à long terme du Sénégal à CCC+, avec une perspective négative, signalant une vulnérabilité réelle au défaut. Ses besoins de financement atteignent environ 29% du PIB, ses déficits restent élevés et sa dette continue de croître. Faute d’accès au marché des eurobonds depuis la découverte des dettes dissimulées en 2024, Dakar s’est massivement replié sur les marchés régionaux, augmentant mécaniquement l’exposition de ses partenaires de l’UEMOA.
Pour Dakar, ce risque de contagion n’est pas une abstraction. Il constitue un argument supplémentaire — et puissant — en faveur d’un accord rapide avec le FMI. Plus la crise sénégalaise s’éternise, plus elle menace la stabilité financière de toute la zone. Et plus les partenaires régionaux auront de raisons de faire pression sur Dakar pour qu’il trouve une issue négociée, même si cette issue implique une restructuration de la dette que le pays a longtemps refusé d’envisager.
