Une démocratie ne mesure pas seulement ses dirigeants à leurs victoires électorales. Elle les mesure surtout à leur rapport à la vérité, à la transparence et à la responsabilité. Les circonstances favorables révèlent les talents. Les moments de crise révèlent les caractères.
Le jeudi 2 juillet 2026, le journaliste Monsieur Madiambal Diagne a rendu publiques des accusations qu’il a présentées comme d’une extrême gravité contre Monsieur Ousmane Sonko. Il est allé jusqu’à l’inviter à saisir les juridictions françaises s’il considérait ces affirmations comme mensongères. Une telle interpellation, qu’on la juge fondée ou non, ne pouvait être traitée comme un simple épisode médiatique.
Il convient d’être clair. Seule la Justice établit les faits et Monsieur Ousmane Sonko bénéficie pleinement de la présomption d’innocence. Ce principe protège tous les citoyens et doit être respecté sans réserve.
Mais la responsabilité politique obéit à une autre logique. Un ancien chef de gouvernement et de surcroît chef de parti ne peut pas s’abriter durablement derrière le silence lorsque son crédit moral est publiquement mis à l’épreuve. Gouverner comme briguer les suffrages, c’est aussi expliquer. Gouverner ou le vouloir, c’est assumer le devoir de rendre compte.
Or, depuis ces révélations, le Sénégal attend toujours une parole officielle de Monsieur Ousmane Sonko. Il attend également une communication de Pastef. A la place, les citoyens ont assisté à une opération de vente de cartes du parti. Comme si l’urgence était de consolider une organisation politique plutôt que de répondre à une interrogation qui touche directement à la crédibilité de son principal dirigeant.
Ce contraste est profondément dérangeant.
Pendant plus d’une décennie, Monsieur Ousmane Sonko a construit son ascension sur un discours d’intransigeance morale. Chaque silence des anciens gouvernants était dénoncé. Chaque absence d’explication était présentée comme un mépris envers le Peuple. Chaque zone d’ombre était interprétée comme une faute politique.
Aujourd’hui, les Sénégalais sont en droit d’appliquer à Monsieur Ousmane Sonko les exigences qu’il a lui-même imposées à tous ses adversaires.
La cohérence est la première vertu d’un homme d’Etat.
Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne rappelle que la démocratie est avant tout une éthique de la discussion et de la responsabilité. Cette idée mérite d’être méditée. Lorsqu’un responsable public cesse de répondre aux interrogations légitimes des citoyens, il affaiblit précisément cette éthique qui fonde la confiance démocratique.
Le problème n’est pas qu’un journaliste parle.
Le problème n’est pas qu’un responsable politique soit mis en cause.
Le véritable problème apparaît lorsque le débat public est remplacé par le mutisme.
Le silence n’est pas une preuve. Il ne saurait tenir lieu de condamnation. Mais il est un acte politique. Et tout acte politique produit des conséquences politiques.
Le parti Pastef porte lui aussi une lourde responsabilité. Ce parti s’est présenté comme le symbole d’une rupture historique avec certaines pratiques anciennes. Il a fait de la transparence un engagement solennel. Il ne peut aujourd’hui donner le sentiment que cette exigence ne vaut que pour les autres.
Le grand penseur sénégalais Cheikh Anta Diop écrivait que les peuples ne progressent que lorsqu’ils cultivent l’esprit critique. Cette leçon demeure d’une actualité saisissante. Une démocratie ne se construit ni dans l’adoration des chefs ni dans la suspension du jugement. Elle se construit dans l’examen permanent de l’action des gouvernants.
Les Sénégalais auraient tort de transformer leur confiance en allégeance. Ils auraient tort de considérer qu’un leader politique, aussi populaire soit-il, n’a plus de comptes à rendre dès lors qu’il accède au pouvoir.
L’alternance n’a jamais dispensé de l’exemplarité.
La victoire électorale n’efface jamais l’obligation de transparence.
La légitimité des urnes n’autorise jamais le silence face aux interrogations d’intérêt public.
Les électeurs doivent donc conserver la seule attitude compatible avec l’esprit républicain. Ne condamner personne sans preuve. Ne disculper personne par réflexe partisan. Exiger des explications de tous les dirigeants avec la même rigueur, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.
Le Sénégal a davantage besoin de citoyens exigeants que de militants inconditionnels. Car lorsqu’un Peuple cesse de questionner ceux qui gouvernent, il ouvre lui-même la voie à l’affaiblissement de la démocratie.
Les hommes passent.
Les partis passent.
Les principes, eux, doivent demeurer.
Amadou MBENGUE
dit Vieux
Secrétaire général de la Coordination départementale de Rufisque
Membre du Comité central et du Bureau politique du Pit/Sénégal
