Si les somnifères sont utiles pour traiter les troubles du sommeil, leur utilisation doit être encadrée notamment pour éviter la dépendance.
Plus de neuf millions de personnes prenaient des benzodiazépines en France en 2024. Ces médicaments sont notamment prescrits comme somnifères, pour lutter contre les troubles du sommeil. Le magazine 60 millions de consommateurs alerte sur la nécessité de respecter les dosages et les recommandations médicales.
Troubles du sommeil : un fort risque de dépendance aux benzodiazépines
« Ces médicaments sont utiles, rappelle Sylvie Royant-Parola, médecin psychiatre, spécialiste du sommeil et fondatrice du Réseau Morphée dans une interview au mensuel. Ces polémiques persistantes sont probablement dues à un mauvais usage encore trop répandu. » Ce dernier concerne notamment la durée de traitement. Selon l’enquête réalisée par le magazine, près de 40 % des patients suivent ces traitements sur des périodes trop longues. Or, la prise de benzodiazépines peut entraîner une forte dépendance psychique et physique. « L’arrêt du médicament entraîne alors un fort désir de continuer à le prendre et, parfois, des symptômes de ‘manque’, souligne l’Agence nationale de sécurité du médicament. Le risque de dépendance augmente avec la dose et la durée du traitement. » Elle indique que la prise doit être de courte durée : de quelques jours à 3 semaines dans l’insomnie.Pour des insomnies occasionnelles, elle recommande une prise entre deux et cinq jours, et de deux à trois semaines pour des insomnies dites transitoires. Ces dernières peuvent durer quelques nuits et sont à différencier des insomnies chroniques, qui surviennent plus de trois fois par semaine, depuis plus de trois mois.
Somnifères : quelles situations justifient leur utilisation ?
Ces médicaments sont généralement prescrits en deuxième intention, suite à l’échec d’un autre traitement ou d’une autre prise en charge. Le Dr Sylvie Royant-Parola cite notamment les thérapies comportementales et cognitives (TCC), qui permettent d’identifier les causes de ce trouble du sommeil. « Quand une personne souffre d’insomnie chronique (plus de trois épisodes par semaine depuis plus de trois mois) et que la TCC n’a pas donné de résultat satisfaisant », le Dr Royant-Parola indique que la prise de somnifères peut être indiquée. Elle cite également les situations où le patient est réticent à la TCC ou ne peut y avoir accès. « Dans tous les cas, prendre des somnifères ne doit jamais se substituer à une réflexion sur la relation au sommeil d’une part ni à la recherche d’éventuelles maladies associées, comme un syndrome d’apnées du sommeil ou de jambes sans repos, ou des douleurs chroniques, prévient la spécialiste. Elles peuvent être à l’origine des troubles du sommeil. »
Troubles du sommeil : quelles sont les alternatives aux somnifères ?
Comme le rappelle l’ANSM, ces médicaments ne permettent pas de traiter les causes de l’insomnie. Si cette dernière n’est pas liée à une pathologie, l’agence recommande la pratique d’une activité physique et/ou relaxante, en complément de la psychothérapie. L’agence fournit quelques conseils pour favoriser le sommeil : réduire la durée des siestes, diminuer l’exposition au bruit et à la lumière, réduire son temps d’écran et dormir dans une chambre à une température adaptée. « Des alternatives médicamenteuses présentant moins de risques que les benzodiazépines peuvent être conseillées ou prescrites (comme par exemple des médicaments à base de plantes) », note l’ANSM. D’après l’Inserm, 15 à 20 % de la population souffre d’insomnie.
