Regardons aussi notre propre comportement.
Certains de nos jeunes ne veulent tout simplement plus travailler comme ces étrangers qu’ils regardent pourtant entreprendre autour d’eux. Le jeune immigré se lève parfois à 5 heures du matin pour aller travailler. Pendant ce temps, certains de nos jeunes passent la nuit à faire du vacarme dans les quartiers ou sur les réseaux sociaux, dorment une partie de la matinée et, à leur réveil, demandent à leur mère, après avoir été nourris et hébergés, quelques francs pour acheter une baguette de pain, du thé ou même des cigarettes.
Et pendant ce temps, il arrive que le jeune Guinéen soit en train de balayer ou de nettoyer la maison de leurs propres parents, en gagnant honnêtement l’argent que nos propres enfants refusent parfois de gagner.
Ce constat doit nous interpeller. Il ne s’agit pas d’accuser notre jeunesse, mais de nous demander ce que nous en avons fait.
Lorsque les motocyclettes ont commencé à arriver, j’avais proposé aux autorités de commander des tricycles pour nos jeunes et de créer une unité industrielle capable de produire pour le Sénégal et la sous-région. On ne m’a pas écouté. Nous avons laissé se développer les «thiak-thiak», puis certains ont commencé à copier des initiatives venues d’ailleurs.
Nous leur louons nos boutiques et nos maisons. Ils y travaillent, entreprennent et finissent parfois par développer d’autres activités. Ils lavent nos véhicules, conduisent des taxis à moindre coût, prennent les emplois que certains de nos compatriotes délaissent.
Alors, où est le véritable problème ?
Il faut réarmer notre jeunesse : l’éduquer, la former, lui redonner le goût de l’effort, de l’entreprise et du travail. Beaucoup de ceux qui refusent certains travaux ici les accepteraient pourtant immédiatement s’ils réussissaient à traverser l’Atlantique ou à prendre l’avion, avec les maigres économies de leurs parents.
La responsabilité revient donc aussi à nos dirigeants. Qu’ils forment nos jeunes, les éduquent et leur trouvent des perspectives d’emploi au lieu de continuer à en faire des escaliers pour accéder au pouvoir.
Car si la seule voie d’accès au pouvoir passe par une jeunesse que l’on fait courber, nous n’aurons jamais besoin de béton ni d’ascenseurs : nous aurons toujours des jeunes courbés.
Enfin, soyons responsables dans nos relations avec nos voisins. Stigmatiser les étrangers peut créer des tensions entre nos Etats et, par ricochet, exposer nos propres compatriotes qui vivent à l’étranger et peuvent eux aussi être confrontés aux conséquences de leurs comportements.
Combattons le désordre, l’occupation anarchique de l’espace public et l’illégalité. Mais ne faisons pas de l’étranger le bouc émissaire de nos propres insuffisances.
Le véritable combat est celui de la responsabilité, du travail, de la formation et de la dignité.
J’assume pleinement mes propos.
Thierno LO – Un Républicain Libre
