A Pape Malick Ndour : le sacrifice politique dans la dignité fait trembler les calculs des calculateurs comploteurs et autres conspirateurs séditieux.
La résilience commence quand tout semble vouloir vous briser. Et le prisonnier de Guinguinéo, du Saloum tout court, incarne cette force tranquille face à l’adversité. Il affronte la prison (là où d’autres avaient fait pleurer femmes et partisans, avaient fait mendier clémence en se faisant passer pour mourant, par du pur tapale°) avec une dignité qui force le respect, alors même que les faits qu’on lui reproche, il ne les a jamais commis.
L’injustice frappe fort mais elle ne parvient pas à plier, à faire plier sa colonne vertébrale. Chaque jour derrière les barreaux devient une leçon de tenue, car son silence n’est pas une faiblesse, c’est une stratégie de géant. Le courage politique se mesure dans les moments où l’on est seul contre tous, seul contre la mesquinerie gratuite de l’homme aigri. PMN a choisi de tenir debout quand d’autres vendaient dignité et honneur, se couchaient et se lamentaient.
La fidélité à la vérité peut coûter cher face à des monstres froids, mais elle conduit et construit des légendes. Avec la prison, on veut traitreusement l’effacer, mais elle l’a révélé aux yeux du pays, d’un pays qui se cherche un héros illustre et une icône inspirante. L’épreuve, l’épreuve injuste, révèle la trempe d’un homme plus que mille discours, et son parcours rappelle que l’histoire, l’histoire d’une Nation, ne retient que le nom de ceux qui paient le prix fort pour la vérité. Le courage (ndeketeyoo°) n’est pas l’absence de peur, c’est la décision ferme d’avancer malgré elle. PMN avance, même quand le chemin est fait de ronces injustement placés sur la trajectoire. Il transforme l’humiliation (que l’on veut lui faire) en tremplin pour son idéal, un idéal fait de patriotisme, d’intelligence et de stoïcisme. Les murs de la prison ne peuvent en aucun cas enfermer ou dissoudre sa conviction profonde.
PMN paie-t-il pour sa pertinence dans le débat national, la véracité de ses déclarations et la pertinence de ses analyses ? Il a été toujours été enseigné que «lorsque la justice se mue en châtiment, la loi verse dans le crime». Son nom circule dans les rues, les chaumières, comme un symbole de droiture bafouée par l’injustice. La Nation observe et retient ceux qui acceptent de souffrir pour elle sans trahir. On le pensait homme ordinaire, sa résilience et son acceptation de la souffrance ont fini de forger un homme extraordinaire. Le landerneau politique national avait besoin d’un repère intègre, il l’a trouvé enfin : l’icône ne se décrète pas, elle naît dans l’épreuve traversée. Le Peuple sénégalais sait distinguer entre l’opportuniste et l’homme de conviction qui, lui, est une âme qui ne marchande pas sa dignité, son honneur. L’honneur intact vaut plus que toutes les libertés conditionnelles marchandées dans des deals ignoblement faits sur le dos du peuple.
Les esprits libres voient en lui la preuve que l’intégrité résiste à toutes les accusations burlesques et bouffonnes. Et que résister à l’injustice, c’est préparer patiemment le changement. Oui, un peuple a besoin d’icône debout ; le changement, quant à lui, s’appuie sur un martyr vivant pour prendre corps.
PMN est ce martyr, il incarne ce héros illustre qui ne se victimise point pour garder la main sur son propre récit. Et ce récit, c’est celui d’un homme intégral (dont l’existence essaie au mieux de coïncider avec l’essence) qui préfère la vérité à la liberté négociée honteusement. Il reviendra intact comme le blanc du kaolin qui scintille allègrement au soleil, car le couronnement politique naît trop souvent de prisons injustement traversées. Et PMN marche résolument, sûrement, déjà vers ce destin d’icône incontournable.
Amadou FALL
Inspecteur de l’enseignement à la retraite à Guinguinéo
zemaria64@yahoo.fr
