Au moment où débute la Coupe du monde 2026, il y a eu deux choses sur les questions de mobilité humaine et de migration qui ont attiré mon attention de citoyen et militant altermondialiste qui défend le droit à la mobilité et à la libre circulation des personnes et des biens. Il s’agit de l’attitude des Usa vis-à-vis des populations qui souhaitent participer au Mondial en qualité de supporters ou d’officiels ou encore de joueurs et qui sont confrontés à des refus de visa. Cette attitude édictée par le Président Trump s’inscrit en droite ligne de sa politique de déportation en cours de migrants africains vers des pays tiers qui peuvent ne pas être leur pays d’origine.
L’autre problème, c’est la mise en application du Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile qui est un outil de durcissement des contrôles aux frontières de l’Europe. En tant qu’acteur défenseur des droits des migrants et de la mobilité humaine, nous avons tenté d’analyser ces deux cas qui ont comme dénominateur commun d’être des actes de racisme, de xénophobie, de discrimination soutenus et entretenus par les forces politiques de l’Extrême-droite en Occident.
La Coupe du monde 2026 : une Coupe du monde raciste, xénophobe ?
Les éditions de Coupe du monde de football sont devenues un rendez-vous de la jeunesse. Mais cette édition 2026, qui se joue aux Usa, au Canada et au Mexique, pourrait être qualifiée de Coupe du monde raciste, xénophobe, discriminatoire, une Coupe du monde de la honte ! En analysant la géopolitique internationale, on constate que les Usa déportent massivement des migrants et refusent des visas à des supporters, comme c’est le cas du «12ème Gaindé» sénégalais. Il faut rappeler que la Russie avait opté pour une gratuité des visas lorsqu’elle organisait la Coupe du monde, avec en bonus le transport interne gratuit pour les supporters qui prennent les bus et/ou le métro.
L’Administration Trump vient de refouler un des meilleurs arbitres de cette Coupe du monde qui devait officier lors des compétitions, Omar Artan, pour la simple raison qu’il est Somalien d’origine, un pays que le Président Trump a classé sur une liste dite noire. Beaucoup de pays comme le Sénégal ont aussi vu leurs supporters se faire refuser des visas. Est-ce-à-dire que cette Coupe du monde est une Coupe du monde raciste, xénophobe, discriminatoire, comme le prétendent certains observateurs ? Le plus frustrant, c’est quand la Fifa, qui avait décerné le prix de la Paix à ce chef d’Etat, dit «prendre acte» et ne rien pouvoir faire dans cette situation. Comment une autorité comme un arbitre d’une institution comme la Fifa peut-elle être refoulée d’un pays comme un malpropre sans que l’institution, en l’occurrence la Fifa, ne condamne cet acte ignoble, injuste et racial ? Pourquoi dans le cahier des charges soumis à un pays qui doit organiser un rendez-vous mondial de la jeunesse et du monde du sport, la Fifa ne peut pas inclure la facilité de visas et en faire une des conditions d’attribution de l’organisation ?
Sur la même ligne, les Etats-Unis procèdent depuis quelques mois à des déportations de migrants et demandeurs d’asile arrivés sur leur territoire. Cette situation hante le sommeil de nombreuses familles africaines ou latino-américaines qui, à tout moment de la journée, peuvent voir des policiers débarquer dans leur foyer sans mandat de Justice pour les conduire dans des centres de détention avant de programmer leur déportation forcée dans un pays qui peut ne pas être le leur. Des pays qu’ils peuvent ne pas connaître ni de langue, ni de culture, ni de relations familiales. Que de drames humains où des hommes, des femmes et des enfants peuvent se retrouver subitement isolés de leur tissu familial pour être dans un environnement étranger, sans repères. Ce choc brutal est lourd de conséquences. Au demeurant, le plus triste, c’est le silence coupable de toute la Communauté internationale, qui observe les Usa violer les droits humains les plus fondamentaux, ceux de la mobilité humaine, le droit à la migration dans un pays qui a été bâti sur des dynamiques migratoires forcées pendant au moins trois siècles.
Ce qui se passe ces temps-ci aux Usa n’est rien d’autre que du racisme, de la xénophobie, de la négation des droits humains fondamentaux dans un pays où l’on se croit être le centre des droits humains, de la Liberté avec un «grand L». Placés sous l’angle du sport, les refus de visas et les refoulements sont évidemment contraires aux principes et valeurs de l’olympisme. C’est dire que, dans cette situation, autant le silence de la Fifa devient complicité, autant le mutisme des Etats africains, qui voient leurs citoyens se faire refuser le visa, mais aussi leurs ressortissants installés en Amérique se faire déporter vers des destinations inconnues, choque. Cela constitue une trahison des serments faits de défendre les nations, les Etats et les citoyens. Cette Coupe du monde de football n’est rien d’autre qu’une Coupe du monde sans le monde ; une Coupe du monde raciste et ségrégationniste. Les fédérations nationales de football du reste du monde ne devraient plus accepter de telles situations.
Pendant ce temps, l’Union européenne délocalise et durcit les conditions d’accès à son territoire. Là, nous allons aborder ce qui se passe en Europe et qui ressemble à ce qui se déroule aux Usa de Trump.
Le Pacte anti-migration ou anti-asile de l’Union européenne
Comme si l’Amérique et l’Europe s’étaient passé le mot, l’Union européenne vient de lancer la mise en oeuvre de son Pacte sur la migration et l’asile. C’est quoi le Pacte anti-migration ?
Le Pacte sur la migration et l’asile vise à renforcer la lutte contre l’immigration irrégulière dans l’Ue et accélérer l’éloignement des personnes en situation irrégulière vers leur pays d’origine ou de transit. Il prévoit une nouvelle procédure de filtrage aux frontières de l’Union européenne, afin d’accélérer le traitement des demandes d’asile pour les personnes peu susceptibles de l’obtenir. Il entend également renforcer la solidarité entre Etats membres pour éviter la concentration des demandeurs d’asile dans certains pays.
Pour rappel, ce pacte a été définitivement adopté en 2024, mais l’essentiel de ses dispositions et principes entrent en application à partir du 12 juin 2026. Le paquet législatif du pacte de l’Ue propose de remédier aux nombreuses failles de la politique d’asile européenne en renforçant les contrôles aux frontières. Cet ensemble législatif vise à réformer la politique migratoire de l’Ue. Mais en gros, ce Pacte anti-migration, qui consacre un consensus des pays de l’Union sur la lutte contre l’immigration et la demande d’asile, est dans son ensemble un durcissement des conditions d’accès en Europe, avec un plus grand contrôle aux frontières. Ce pacte de l’Ue pourrait être résumé ainsi. Il prône en gros :
Un Renforcement du contrôle des frontières
Le renforcement des frontières passe ici par la procédure de filtrage qui se fera par un contrôle d’identité, de sécurité, de santé et de vulnérabilité. Elle s’appuie en partie sur le renforcement du fond de la base de données, notamment biométriques, des migrants sur le sol européen.
Ainsi, aux empreintes digitales déjà collectées jusque-là vont désormais s’ajouter des images faciales, ainsi que des informations telles que le nom, le prénom, la nationalité, la date et le lieu de naissance. Des informations sur les décisions d’éloignement, de retour ou de réinstallation sont par ailleurs intégrées afin de mieux identifier les personnes introduisant plusieurs requêtes, et de déterminer l’Etat membre responsable de leur demande d’asile.
Le Pacte anti-migration de l’Ue, c’est aussi l’enfermement dans des centres de rétention, le tri et les refoulements de migrants et demandeurs d’asile hors des frontières européennes. Cet éventail de mesures va aussi durcir les conditions d’immigration et d’asile en Europe. Pour le Groupe d’information et de soutien des immigrés, le Gisti, le «nouveau Pacte sur la migration et l’asile» entérine une grave régression des droits fondamentaux des personnes migrantes et exilées. Désormais, plus que jamais, l’Ue se donne le droit d’enfermer, de trier et ou de refouler des migrants et demandeurs d’asile à sa guise. De tels refoulements peuvent être faits à destination du pays d’origine ou sur un autre pays tiers jugé sûr. C’est quoi un pays sûr selon le pacte ? Il s’agit d’un pays où il n’y a pas de guerre par exemple.
Et même pour les demandeurs d’asile, le pacte dispose que le demandeur peut être installé dans un autre pays le temps que son dossier soit étudié. Et si la demande est refusée, la personne peut être déportée vers n’importe quel pays considéré comme pays tiers sûr, même si ce n’est pas son pays d’origine.
Alors, au moment où tout cela se passe, l’on peut se demander où est l’Afrique ? Que disent les dirigeants africains et l’Union africaine ? Où en sont-ils avec leur agenda africain sur la migration et la défense des droits des migrants ? Autant de questions.
Si l’on sait que la géopolitique internationale reste marquée par des guerres et des conflits, des pandémies et des catastrophes naturelles liées aux changements climatiques, la paupérisation grandissante dans les communautés, toutes ces choses qui peuvent pousser les populations, notamment jeunes et femmes, vers des mouvements et déplacements forcés, alors il urge pour l’Afrique et le Sud global d’entrevoir des mécanismes rapides de réponse aux politiques des pays du Nord qui parlent de mondialisation mais qui ferment en même temps leurs frontières aux autres pays du monde. Les pays africains doivent se parler pour disposer ensemble ou faire valider leur politique migratoire, afin de ne plus subir l’agenda raciste et xénophobe des pays du Nord.
Les 27 pays de l’Ue harmonisent leur politique migratoire, les Etats-Unis d’Amérique en font de même, alors pourquoi les 54 pays africains ne peuvent eux aussi coordonner leur démarche pour protéger, défendre leurs citoyens dans un monde en pleine mutation géopolitique ?
Mamadou DIOUF MIGNANE
Forum social sénégalais
Coordonnateur de la Plateforme Migration-Citoyenneté-Liberté de circulation et Droit d’asile

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