Une nouvelle étude montre que le décalage horaire ne touche pas que le cerveau et peut aussi affecter les bactéries peuplant les intestins, ce qui provoque des troubles digestifs.
Après un long vol pour une destination exotique, certains souffrent de constipation, de ballonnements, d’une sensation de lourdeur ou des problèmes d’appétit. Afin de déterminer les causes de ces troubles digestifs, des scientifiques de l’université médicale de Wrocław (Pologne) ont mené une étude au cours de laquelle ils ont examiné les interactions complexes entre le système circadien central de l’hôte et le microbiote intestinal chez les athlètes de haut niveau. La raison : les sportifs sont de plus en plus exposés à des déplacements fréquents traversant plusieurs fuseaux horaires, entraînant une profonde désynchronisation circadienne et des troubles gastro-intestinaux.
Ballonnement, constipation… Le microbiote intestinal reste bloqué dans son ancien fuseau horaire
Selon les travaux, parus dans la revue Nutrients, le désalignement circadien est associé à une inflammation systémique accrue et à une perturbation de la régulation métabolique, deux facteurs susceptibles de nuire aux performances cognitives, à la qualité du sommeil et à la récupération musculaire. En outre, les changements rapides de fuseaux horaires, tels que ceux prévus pour la Coupe du Monde de la FIFA 2026, induisent un état de « décalage horaire intestinal ». Ce phénomène correspond à une rupture de synchronisation entre l’horloge biologique humaine et les rythmes du microbiote intestinal. Il est caractérisé par la perte de fonctions microbiennes rythmiques et une altération de l’intégrité de la barrière intestinale.
Les observations montrent que la dysbiose (déséquilibre du microbiote) induite par les voyages peut réduire la production de métabolites microbiens, notamment les acides gras à chaîne courte tels que l’acétate, le propionate et le butyrate. « Ces acides gras servent de substrats énergétiques susceptibles de favoriser la captation du glucose, l’oxydation des lipides et le stockage du glycogène dans les muscles squelettiques. » De plus, les contraintes des voyages, tels que la déshydratation, le stress psychologique et l’adoption d’une alimentation riche en produits ultra-transformés, peuvent perturber davantage le microbiote intestinal en réduisant le nombre de bactéries bénéfiques.
Troubles digestifs : pourquoi se sent-on plus mal après un vol long-courrier ?
D’après les auteurs, un court voyage en Europe a peu de chances de provoquer des perturbations aussi importantes. « Le problème devient significatif lors de vols long-courriers impliquant la traversée de plusieurs fuseaux horaires. En quelques heures, les horaires de sommeil et de repas, l’exposition à la lumière et le niveau de stress sont radicalement modifiés. Pour le corps, il s’agit d’un bouleversement majeur. Notre système digestif est extrêmement sensible à ces changements, car l’axe intestin-cerveau tout entier fonctionne selon un rythme circadien étroitement régulé. Lorsque les signaux biologiques se désalignent, la communication entre les intestins, le système immunitaire et le cerveau est temporairement perturbée. Cela explique pourquoi les premiers jours de vacances sont souvent les moins agréables », a expliqué Karol Biliński, qui a participé aux recherches.
« Ajuster progressivement son horloge biologique au fuseau horaire de la destination »
Bonne nouvelle : les effets du « décalage horaire intestinal » peuvent être atténués par une bonne préparation avant le voyage. « La clé consiste à ajuster progressivement son horloge biologique au fuseau horaire de la destination. Ce processus devrait idéalement débuter plusieurs jours avant le départ, en gérant judicieusement l’exposition à la lumière et les horaires de sommeil », a précisé Paweł Witko, co-auteur de l’étude.
Il souligne également l’importance de la chrononutrition, c’est-à-dire le fait de s’alimenter en accord avec les rythmes biologiques de l’organisme. « En pratique, cela implique d’adopter les horaires de repas de la destination avant même d’y arriver. Dans l’avion comme après l’atterrissage, les repas doivent être pris uniquement durant les heures de jour du fuseau horaire de destination, tandis qu’il faut absolument éviter de manger pendant sa propre nuit biologique. Il est aussi important de rester bien hydraté et d’envisager une supplémentation personnalisée en probiotiques et prébiotiques avant le voyage. »
