Depuis 2011, des chercheurs français suivent le parcours d’enfants nés trop tôt pour savoir comment la prématurité influence leur développement au fil des années. Une décennie après, leurs résultats révèlent des traces parfois invisibles.

Ils ont commencé leur vie quelques semaines, voire quelques mois, trop tôt. Dix ans ont passé, une question se pose alors : comment se portent-ils aujourd’hui ? « Les effets à long terme de la prématurité », qui peut entraîner des altérations structurelles et fonctionnelles de plusieurs organes (notamment le cerveau), « sur la période préadolescente sont bien documentés, mais on manque d’une vue d’ensemble sur le fonctionnement quotidien de ce groupe », ont indiqué des scientifiques de l’Inserm. Dans une nouvelle étude, parue dans la revue eClinicalMedicine, ces derniers se sont ainsi penchés sur le devenir des enfants nés prématurément.

Des difficultés comportementales et développementales observés dix ans plus tard chez les enfants prématurés

Pour les besoins des travaux, l’équipe a, depuis 2011, suivi 2.181 enfants nés prématurément, c’est-à-dire avant 8 mois et demi de grossesse (37 semaines d’aménorrhée). Pour rappel, on distingue trois niveaux de prématurité. La prématurité modérée, qui correspond à une naissance entre 32 et 34 semaines d’aménorrhée, la grande prématurité, pour les naissances qui interviennent entre 27 et 31 semaines d’aménorrhée, la prématurité extrême, pour les naissances entre 24 et 26 semaines d’aménorrhée. Dans le cadre de cette évaluation, les auteurs ont comparé les données de ces patients à ceux de 7.286 enfants nés à terme. Les informations sur le comportement des tout-petits, le recours aux soins de santé liés au développement, la scolarité et la participation aux activités sociales, ont été collectées par le biais d’entretiens téléphoniques réalisés avec les parents.

À l’âge de 10 ans, les taux de difficultés comportementales étaient similaires entre les groupes définis par l’âge gestationnel : 18 %, 18 % et 14,5 % pour les enfants nés respectivement entre 24 et 26 semaines d’aménorrhée, entre 27 et 31 semaines d’aménorrhée et entre 32 et 34 semaines d’aménorrhée. Ainsi, 16 % des enfants nés prématurément présentent des difficultés comportementales, contre 12 % des enfants nés à terme. Parmi les problèmes signalés, ceux liés à la gestion des émotions sont les plus fréquents. Le recours aux soins liés à des difficultés développementales était plus élevé chez les enfants nés prématurément (26 % contre 16,5 % chez les enfants nés à terme). « Cette proportion diminue à mesure que l’âge gestationnel augmente (73 % des enfants nés modérément prématurés n’ont pas bénéficié de soins de santé liés au développement). Les proportions d’enfants bénéficiant d’au moins deux soins de santé distincts varient de 27 % pour les plus prématurés, à 11 % pour les enfants nés modérément prématurés », peut-on lire dans le communiqué de l’Inserm.

Activités sportives, sorties entre amis, scolarité : les conséquences se font sentir jusque sur la vie sociale

Selon les résultats, un soutien scolaire a été rapporté pour 35 %, 30,5 % et 20 % des enfants nés respectivement entre 24 et 26 semaines d’aménorrhée, entre 27 et 31 semaines d’aménorrhée et entre 32 et 34 semaines d’aménorrhée, contre 12 % des enfants nés à terme. La participation à des activités sportives (69 %) et les nuitées chez des amis (54 %) étaient moins fréquentes chez les enfants nés prématurément que chez ceux nés à terme (77 % et 63 %). Après avoir pris en compte d’autres facteurs, le risque de recours à un soutien scolaire et à des soins de santé liés aux difficultés développementales augmentait, tandis que la participation à des activités sportives diminuait à mesure que l’âge gestationnel baissait.

« Une proportion importante d’enfants nés prématurément sont confrontés, à la préadolescence, à des défis complexes susceptibles d’avoir des répercussions considérables sur les enfants eux-mêmes, leurs familles ainsi que sur les systèmes de santé et d’éducation. Ces besoins doivent être pris en compte lors de la transition de l’enfance à l’adolescence », ont conclu les chercheurs.

Prématurité : un bébé né au terme de seulement 21 semaines de grossesse

Alors que l’équipe française met en avant les conséquences de la prématurité sur la scolarité et la vie sociale des enfants concernés, un cas particulier de naissance extrêmement précoce a été rapporté en Australie. Le 25 mars dernier, Annrose Tanuva a mis au monde, au Royal Brisbane & Womens Hospital-ER, une petite fille au terme de seulement 21 semaines et trois jours de grossesse. L’enfant ne pesait que 351 grammes et mesurait 30,5 cm. Une première dans le pays : « même les médecins n’ont pas pu expliquer comment elle a réussi à survivre à tout ce qu’elle a traversé », a déclaré, au Brisbane Times, le père de famille. Après 14 semaines en soins intensifs néonatals, la petite famille a pu quitter l’hôpital, sans besoin d’oxygène, et rencontrer ses frères et sœurs.

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