Face à une production locale de maïs encore insuffisante, au regard des besoins du marché sénégalais, les acteurs de la filière appellent l’État et les partenaires financiers à renforcer leur accompagnement des producteurs. L’amélioration des rendements à l’hectare, l’accès aux intrants, à l’eau et aux équipements agricoles, ainsi que la réduction des pertes post-récolte figurent parmi les priorités soulevées hier, mercredi 28 octobre 2026, lors de l’atelier de mise en œuvre du système de récépissé d’entrepôt, organisé par le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (MASAE).
Pour Claude Demba Diop, président de l’Association des meuniers industriels du Sénégal (AMIS), les producteurs locaux accomplissent un travail remarquable malgré des moyens limités. Il a salué les efforts consentis par ces derniers, tout en soulignant la nécessité de lever les contraintes qui freinent le développement de la production nationale de maïs. « Il faut qu’on se pose la question de savoir pourquoi on en est à 40.000 tonnes », a-t-il déclaré, mettant en évidence le décalage entre les volumes produits localement et les besoins du pays.
Selon lui, le Sénégal importe plus de 600.000 tonnes de maïs, alors que les objectifs de contractualisation avec les producteurs locaux restent encore modestes. Le président de l’AMIS estime ainsi que l’augmentation de la production passe d’abord par une amélioration significative des rendements. Alors que la moyenne nationale se situerait entre 1,9 et 2,4 tonnes à l’hectare, certains producteurs parviennent à obtenir des résultats bien supérieurs. « Lors d’une visite dans la région nord, j’ai appris et constaté sur place que certains étaient arrivés à avoir 8,5 tonnes à l’hectare », a-t-il indiqué. En Casamance, des rendements de six tonnes à l’hectare auraient également été enregistrés. Pour généraliser ces performances, Claude Demba Diop invite les pouvoirs publics à agir sur plusieurs leviers : la disponibilité des engrais, une meilleure identification des sols, l’accès aux équipements agricoles et la maîtrise de l’eau. Autant de facteurs qui, selon lui, permettraient aux producteurs d’améliorer leurs rendements et de proposer un maïs local plus compétitif.
REDUIRE LES PERTES ET AMELIORER LA COMPETITIVITE
Au-delà de la production, la question du stockage et du transport constitue un autre défi majeur. Le responsable de l’AMIS relève qu’environ 30% de décote est constatée après récolte, une situation qui pénalise les producteurs et réduit les quantités effectivement disponibles sur le marché. Il salue, à cet égard, la mise en place du système de récépissé d’entrepôt, susceptible de contribuer à la sécurisation des récoltes. Les pertes enregistrées pendant le transport méritent également une attention particulière. Fort de ses 25 années d’expérience dans le secteur, il déplore les déperditions entre le chargement et le déchargement des camions, qui peuvent considérablement réduire les volumes livrés. La compétitivité du maïs local reste, par ailleurs, un enjeu essentiel. « Vous ne pouvez pas importer du maïs à 175 francs, à 170 francs, à 190 francs et voir le prix local à plus de 240 francs » CFA, a-t-il fait observer. Pour lui, la réduction de cet écart nécessite des efforts conjoints sur les rendements, la qualité et les coûts de production.
LE FINANCEMENT ET L’ACCES A L’EAU, DES ENJEUX DETERMINANTS
Du côté des producteurs, Balla Dièye a également insisté sur la nécessité de renforcer les moyens mobilisés pour atteindre les ambitions nationales. Il a salué l’engagement des banques et des différents partenaires, notamment la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (CNCAS), dans le financement des programmes agricoles. Le représentant des producteurs a toutefois rappelé que la disponibilité de l’eau demeure un défi de taille, appelant à une mobilisation accrue pour accompagner les exploitations. Il a également souligné l’importance de l’évaluation de la campagne agricole 2025-2026, qui devra permettre d’ajuster les orientations en fonction des résultats obtenus et des difficultés rencontrées sur le terrain. Conseiller technique du ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Ibrahima Athie a insisté sur la nécessité d’aborder la filière dans sa globalité, de la semence à la commercialisation, en passant par le conseil agricole, le financement et le stockage. Il a rappelé que le dispositif repose sur une collaboration entre producteurs, coopératives, banques et industriels, l’État intervenant notamment dans le soutien aux intrants et l’encadrement technique. La Banque agricole a, pour sa part, réaffirmé sa disponibilité à accompagner la chaîne de valeur du maïs, de la production à la transformation. Sa représentante, Mme Diaw, a néanmoins insisté sur l’urgence d’améliorer les perspectives de production avant de dimensionner les financements destinés à la commercialisation.
