En 1994 le Rwanda subissait un des génocides les plus atroces de l’ histoire africaine. Bilan des massacres plus d’ un million de morts, une économie en lambeaux, un pays divisé et une communauté internationale totalement absente pour ne pas dire, complice . Très rapidement sur les causes ayant déclenché le génocide : les racines coloniales de l’ ethnicisation de la société rwando burundaise par la Belgique : Opposition entre Hutus agriculteurs et Tutsis éleveurs, favoritisme pour ces derniers pour l’ école, l’ administration et les postes de commandement. Cela entraîne une montée des tensions, création de milices et échecs des accords d’ Arusha en Tanzanie en 1993. L’ attentat contre l’ avion des présidents rwandais juvenal Habyarimana et Burundais Cyprien Ntarymira le 6 avril 1994 , déclenche la guerre civile , le génocide dont on connaît aujourd’hui, les conséquences sur toute la région des grands lacs. Se référer au livre de l’ écrivain Boubacar Boris Diop : Murambi, le livre des ossements publié en 2000 

Après le génocide , la reconstruction 

Après la tragédie, le Rwanda s’ est approprié la stratégie de développement qui consiste d’ abord à la consolidation de l’ unité nationale et ensuite, la réconciliation entre les différentes composantes de la population : justice restauratrice et vérité et réconciliation à l’ image de ce qui s’ est passé en Afrique du Sud post apartheid. Quel a été le rôle de l’ état dans cette reconstruction Post génocide sous la direction de Paul kagame ? . Pour lui, le rôle de l’ état, c’est de structurer l’ économie, c’est de donner une direction innovante, transformatrice et d’ en être le garant de la bonne exécution des projets initiés par lui.

Il instaure un état ingénieur avec la formation de plusieurs milliers d’ingénieurs, de planificateurs, de géographes, aménageurs, de notaires et de spécialistes chacun dans son domaine, son secteur d’activité. Pour lui, renverser les principes du colonisateur ( le colonisateur européen a appris à l’ africain de ne pas s’ aimer et toujours d’ attendre les solutions de l’ extérieur ) en fondant un enseignement dès le bas âge, le principe de l’ innovation et de transformation des produits. Les matières littéraires et juridiques sont certes nécessaires, mais l’ accent est mis sur le curseur : mathématiques, physique chimie, les ingénieurs de la construction mécanique, les sciences spatiales. Entre 1994 et 2026 , le Rwanda s’ est métamorphosé et les différents instruments d’ évaluation internationaux s’ accordent sur le  » miracle ruwandais » . Le secret si s’ en est un , c’est la tolérance zéro de la corruption, de la mal gouvernance, des passés droits, des pots de vain. Résultat : un ministre qui n’ a pas atteint les objectifs fixés en amont est viré sur le champ avec remboursement de l’ argent public. La sentence vaut pour toute l’ administration politico militaire, pour les fonctionnaires. IlAvec une administration Saine, les ingénieurs peuvent planifier, construire les grandes infrastructures de l’ état, transformer Kigali et placer le Rwanda sur les rails de l’ émergence.

Les raisons du succès ruwandais 

 La première réussite de Paul kagame est de créer un environnement peu perméable à la corruption avec une gouvernance évaluable à tous moments. L’ administration, les fonctionnaires, les DG de sociétés nationales  reçoivent les mêmes consignes et tous travaillent dans l’ intérêt du pays. Gare aux contrevenants.

Le parcours post génocide du Rwanda est impressionnant : les réformes radicales mises en place par Paul kagame en matière économique, donnent une croissance élevée 8/% par an . Climat des affaires assainies, les objectifs assignés. Cela entraîne une amélioration des conditions de vie qui fait augmenter l’espérance de vie de 40 ans à 69 ans. L’ état central joue un rôle important à travers les investissements majeurs et massifs dans les infrastructures ( routes, autoroutes, fibres optiques, électrification et le pilotage des grands chantiers techniques : Crystal Ventured ) . Transition vers les services et le numérique qui positionne le Rwanda vers le tourisme de haute gamme et l’ accueil de conférences internationales, des services financiers. L’ ambition c’est de faire du Rwanda une Nation Startup . Pour réussir, le pays s’ est appuyé sur les ingénieurs qui jouent un rôle essentiel, un rôle central dans la transformation économique et la modernisation du pays, agissant comme moteur de sa transition vers une économie basée sur le savoir, l’ innovation et sur des infrastructures durables : extension du réseau routier, supervision du chantier du nouvel aéroport international ( bugesera), centrale solaire à énergie renouvelable . Ce miracle ruwandais lui a donné un crédit fort auprès des décideurs internationaux au point de voir le pays, organiser pour la première fois en terre africaine : les mondiaux de cyclisme à Kigali du 21 au 28 septembre 2025 . ET cela ne s’ arrête pas là. Ce pays est choisi pour abriter la course automobile la plus prestigieuse du monde : la formule 1 en 2030 . La success story rwandaise en l’ espace de 30 ans, a permis de mettre le pays sur les rampes du décollage économique à l’ image des  « lions  » économiques du continent : Afrique du Sud, Egypte, Nigeria, Maroc qui organise la coupe du monde de football en 2030 avec l’ Espagne et le Portugal ), Algérie, Angola, Ethiopie, Maurice, Kenya ( qui va abriter les mondiaux d’ athlétisme en 2030 ). Vous aurez remarqué que parmi ces puissances économiques Africaines, aucune ne concerne l’ espace francophone. Aucun pays francophone n’ y figure.

 Le Rwanda peut-il servir de modèle économique de développement pour  l’ espace africain francophone ? Pourquoi pas mais….

Les pays africains francophones n’ ont pas créé un environnement propice aux affaires, n’ ont pas créé un environnement imperméable à la corruption, à la mal gouvernance. Ce sont des Etats corporatistes, clientélistes, tout pour que le système de corruption perdure. Du Cameroun au Congo Brazzaville, de Dakar à Abidjan, en passant par Bamako, Niamey, il n’ y a aucun pays qui a décollé économiquement. Ils ont gardé le même système éducatif colonial de nos élites orienté vers les matières générales : lettres et sciences juridiques au détriment des mathématiques, physique chimie, bref vers le commentaire, la dispute et non vers l’ innovation, la transformation.  Cela se voit tout de suite Quant à la formation des différents gouvernements. Le système éducatif que les Français nous ont laissé, ne favorise pas la curiosité intellectuelle, l’ exploration au-delà des sentiers battus, mais plutôt la loyauté et le suivisme. Les études scientifiques n’ étaient pas en général accessibles aux étudiants noirs présents sur le sol français . Il faut saluer cependant les initiatives du président Abdoulaye Wade de créer  » l ‘ African Institute for mathematical Sciences à Mbour en 2011, et de Macky Sall parc technologique numérique, et l’ Institut africain du pétrole de Diamniadio. Les indépendances, acquises, en 1960, n’ ont pas modifié le schéma d’ apprentissage. Le Sénégal n’ a pas échappé à cet environnement éducatif où 90 % de nos étudiants sont inscrits en faculté de lettres et en sciences juridiques. Seulement 10 à 15 % le sont dans les départements de sciences.. Nous avons formé peu d’ ingénieurs et le peu qui était formé, et ceux qui étaient en fonction, l’ étaient dans des ministères dits techniques. L’ administration n’ est pas une administration d’ingénieurs mais très souvent, ces derniers sont des ministres  » politiques  » qui ont du mal à mettre en place leurs idées jusqu’au bout :  (  Alioune Sall , communication, télécommunication, industrie du numérique 2024-2026 ) . 

Les ingénieurs qui ont eu à exercer des responsabilités gouvernementales sous le président Abdou Diouf de 1981 à 2000 :  Alassane Dialy Ndiaye ( ministre du commerce, de l’ industrie de l’ énergie et des mines à différentes périodes des années 1980 – 1990 . Il est considéré comme l’ un des pères fondateurs des télécommunications au Sénégal : la Sonatel. Une entreprise qui a fait la fierté du Sénégal et un champion national, sous-régional et même international. Voilà des champions nationaux qui peuvent tout de suite amorcer le développement du pays : il en fallait plusieurs entreprises leader comme la Sonatel pour former des champions nationaux . Malheureusement, ce champion a été avalé par Orange qui voit donc ses objectifs détournés au profit de la France. Premier africain spécialisé dans les télécommunications spatiales de classe exceptionnelle. Il nous faut des centaines de milliers d’Alassane Dialy Ndiaye pour que le Sénégal décolle enfin.

Le président Abdoulaye Wade a eu à nommer des ingénieurs en l’ occurrence : Assane Diagne ( ancien ministre de l’ urbanisme et de l’ habitat ( génie civil, formation technique variée )

Sous Macky Sall : Mohammed Boun Abdallah Dione ancien premier ministre,  Aly Ngouille Ndiaye ( diplômé de l’école polytechnique de Thiès ), Mansour Elimane Kane 2014 ,  Cheikh Oumar Anne ancien ministre de l’ enseignement supérieur : docteur ingénieur en sciences physiques spécialisé en génie des procédés . En 2024 , les ingénieurs qui sont aux manettes avec Diomaye Diakhar Faye et Ousmane Sonko : Dethie Fall : ministre des infrastructures depuis 2025, reconduit en 2026 , il est ingénieur polytechnicien de Thiès. Lui aussi fait un travail remarquable et avec des résultats tangibles : suivre, évaluer, réceptionner à temps et avec la qualité requise, les infrastructures destinées l’ organisation des jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 .

Serigne Abdoul Ahad Ndiaye : ministère des transports terrestres et aériens ( diplômé ingénieur polytechnicien en informatique et industriel.

Serigne Gueye Diop : ministre de l’ industrie et du commerce depuis 2024 . Il a un profil ingénieur agronome et chercheur de formation. Le général Birame Diop : ancien ministre des forces armées 2024 – 2026 : ingénieur aéronautique ( école royale de l’ air de Marrakech.

L’ éducation d’ un peuple influence forcément son développement. La préparation des joj Dakar 2026 avec son cortège d’ infrastructures à réaliser : stade iba Mar Diop, la piscine olympique tour de l’ œuf, les infrastructures de Saly Portugal, a été suivie par le ministre des infrastructures Dethie Fall de main de maître.Depuis qu’il est nommé ministre des infrastructures, Dethie Fall a accéléré les visites de chantiers parfois même à 6 heures du matin pour ces derniers soient livrés à temps.  C’est le monde entier qui se donne rendez-vous à Dakar du 31 octobre au 13 novembre 2026 .

Quand vous confiez à des ingénieurs les grands chantiers de l’ état, ces chantiers seront bien suivis, exécutés à temps et avec la qualité qui sied. Mais si vous confiez ces mêmes chantiers à des ministres  » politiques et qui ont le soucis premier de perdurer » , vous aurez des chantiers inachevés, ou des hôpitaux à moitié terminés , l’ argent détourné, une dette cachée, des fonds spéciaux non déclarés où c’est le ( moussante permanent ) . La pauvreté, ce n’est pas le manque d’ argent, c’est le manque de vision et d’ éducation prospective. Nous sommes très souvent prisonniers de certaines de nos valeurs :  Quand quelqu’un detourne l’ argent destiné à la construction d’ une école, une Université, un hôpital, une route, on dit qu’il est dans le besoin en par conséquent, il faut être tolérant car il a une famille et des enfants ( Soutoura , Masla ) .  Et bèh !!!!. L’ islam interdit formellement la corruption, le vol la mal gouvernance, les combines de bas étage. En tant que musulmans ou chrétiens, que faisons-nous de ces interdictions ?Sommes nous conscients de ces dangers qui plombent le Sénégal pour toujours ? La France nous a légué un système sans valeur, nous n’ avons pas su le transformer en notre faveur. C’est pourquoi le Sénégal est à sa place c’est-à-dire au point mort malgré les discours et ambitions grandiloquents (  PSE de Macky Sall, Vision 2050 du tendem Diomaye Diakhar Faye et Ousmane Sonko )

Conclusion 

 Cheikh Anta Diop nous intimait l’ ordre de s’ armer de la science jusqu’aux dents , pour s’ arracher de la domination occidentale et retrouver notre liberté. C’est tout le contraire qui a été fait au Sénégal : poids écrasant des filières des lettres et sciences juridiques dans la formation des différents gouvernements depuis l’ indépendance jusqu’à maintenant. Ces gouvernements ont servi à commenter l’ actualité politique et économique, sans moyens d’ agir sur celle-ci aidés en cela par des intellectuels cooptés.

Pour suivre l’ exemple du Rwanda ou des pays asiatiques, ce sera extrêmement difficile. Le Rwanda et les pays asiatiques ont compris très tôt qu’ un pays ne se développe pas uniquement par la parole mais plutôt par l’ action, l’ innovation, la transformation. La priorité a été mise sur la formation des ingénieurs, des planificateurs, l’ assainissement des comportements et une tolérance zéro vis-à-vis de la mal gouvernance, la corruption, un état fort et une vision stratégique du développement. Dans ces pays toutes les personnes à responsabilité gouvernementale, administrative, n’ ont pas de voiture de fonction, d’ indemnités logement et des salaires extravagants. Comme ce sont eux qui ont les plus gros salaires, c’est normal qu’ils paient leurs déplacements, leurs logements, factures, téléphones. Comment un pays pauvre comme le Sénégal peut se permettre d’ offrir des salaires mirobolants à ces fonctionnaires, des indemnités logement, factures eau électricité à tout ce beau monde dont l’ efficacité reste à démontrer ? 

Le Sénégal doit revoir sa copie : miser sur des écoles instituts universités de qualité orientées vers l’ innovation et la transformation. Faire de la lutte contre la corruption une cause nationale (  autoriser des manifestations contre la corruption, la mal gouvernance ). Installer définitivement une culture de l’ évaluation des projets de l’ état  ( se référer à Alassane Dialy Ndiaye , Dethie Fall, Cheikh Oumar Anne )et sanctionner sévèrement les manquements, les retards éventuels à la livraison de ces dits projets. Il faut aussi se débarrasser de certaines de nos valeurs négatives qui nous empêchent de nommer les choses  » ne pas nommer les choses, rajoute à la misère du monde ». L’ histoire a montré qu’ à chaque fois qu’on nomme un ingénieur à des postes à responsabilité et à haute valeur ajoutée et avec une équipe compétente,les résultats sont au rendez-vous : Alassane Dialy Ndiaye, Dethie Fall , Alioune Sall, cheikh Oumar Anne. Renversons la table, formons massivement des ingénieurs diplômés pour enfin sortir de la longue nuit d’inertie, de palabres, de  » moussante « 

Avoir toujours en tête le pouvoir : c’est la parole qui oblige comme le disait Paul Valéry. Mais il faut tout de suite ajouter que cette parole doit être saine, ni corrupue ni corruptrice

Mbaye Dione

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