Réunis le 11 avril 2026 à l’initiative d’un collectif d’acteurs du bâtiment et des travaux publics, des entreprises, architectes, promoteurs, bureaux d’études et syndicats professionnels ont dressé un diagnostic alarmant d’un secteur en crise profonde, appelant à des réponses rapides pour éviter un effondrement aux lourdes conséquences économiques et sociales.

Difficile à restituer pour qui n’y a pas pris part, la rencontre du 11 avril entre acteurs du bâtiment et des travaux publics s’est distinguée par la densité et la technicité des échanges, nourris par des experts et praticiens du secteur. Tous convergent vers un constat partagé : le BTP traverse une phase critique, marquée par un ralentissement brutal de l’activité, une hausse des coûts des matériaux et une fragilisation généralisée des entreprises.

À l’initiative de ce cadre de concertation inédit, un groupe d’acteurs aux profils variés, allant des entreprises de construction aux financiers, a souhaité créer un espace de dialogue pour exposer les difficultés du terrain et esquisser des pistes de sortie de crise.

Les témoignages recueillis lors de la rencontre ont donné une dimension humaine à cette situation économique.

L’un d’eux illustre l’ampleur du choc : une entreprise a vu son chiffre d’affaires chuter de 490 millions FCFA en 2023 à zéro en 2026, après une dégradation continue. Plus poignant encore, le récit d’une tenancière de gargote, frappée indirectement par l’arrêt des chantiers. Habituée à subvenir aux besoins de sa famille grâce à l’activité des ouvriers, elle ne parvient plus à payer son loyer ni à financer les études universitaires de sa fille, pourtant admise à l’Université Gaston Berger.

Pour les participants, ces situations traduisent l’effet domino d’une crise qui dépasse largement les seules entreprises du BTP. « Lorsque le BTP va mal, c’est toute une chaîne économique qui vacille », a souligné le coordonnateur du comité d’initiative, Allé Diouf, ingénieur en génie civil.

Dans un discours unanimement salué, il a rappelé que derrière chaque chantier à l’arrêt se trouvent des milliers d’acteurs (ouvriers, ingénieurs, fournisseurs, commerçants) dont les revenus sont directement affectés. À cela s’ajoutent les impacts sur les finances publiques, les banques, les assurances et les institutions sociales.

S’appuyant sur des données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), il a indiqué que le chiffre d’affaires du sous-secteur du génie civil a chuté de 31,8 % en 2025, dans un secteur dont la production annuelle est estimée à près de 1 389 milliards FCFA.

Face à cette situation, les acteurs ont insisté sur l’urgence de mesures à court terme, comparant la réponse attendue à celles apportées lors de crises majeures comme celle des subprimes en 2008 ou de la pandémie de Covid-19. L’objectif est d’éviter une vague de cessations d’activité et de relancer la machine économique.

Parmi les principales revendications figurent l’apurement des dettes de l’État envers les entreprises, la reprise des chantiers à l’arrêt et une relance coordonnée des investissements publics et privés.

Les participants ont également pointé des problèmes structurels tels que l’accès limité des entreprises locales aux marchés, la prédominance de groupes étrangers, ainsi que les contraintes fiscales et bancaires.

Le comité d’initiative propose ainsi plusieurs pistes, dont un moratoire sur les dettes publiques, un allègement fiscal temporaire, une réforme des critères d’attribution des marchés publics et un assouplissement des conditions de crédit bancaire.

Présent à titre personnel, le ministre-conseiller Amadou Tidiane Wone a salué l’initiative et exprimé son soutien à cette dynamique collective, perçue comme un levier pour porter les préoccupations du secteur auprès des autorités.

Au-delà de l’urgence, les participants voient dans cette mobilisation une opportunité de refonder le secteur sur des bases plus solides, en misant sur la transparence, la continuité des politiques publiques et la valorisation des compétences locales.

« Nous voulons du concret », a insisté Allé Diouf, appelant à transformer cette mobilisation en un véritable tournant pour un BTP « plus résilient, plus souverain et durable ».

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