Alors que le ministre de l’Intérieur, Bamba Cissé, convie la classe politique à une concertation ce jeudi 30 avril 2026, l’atmosphère s’alourdit. Entre le boycott fracassant du Front pour la défense de la République (Fdr) et l’adoption marathon des articles L.29 et L.30 par une Assemblée nationale dominée par Pastef, le fossé se creuse entre le pouvoir et une partie de l’opposition, rapporte le quotidien .

Ce 30 avril sera-t-il une journée d’un dialogue de sourds ? A quelques heures de la rencontre prévue entre le ministre de l’Intérieur et les formations politiques à la Direction générale des élections (Dge), le consensus, traditionnellement de mise sur les questions électorales au Sénégal, semble s’être évaporé. L’objectif de la rencontre est de partager des informations sur le processus électoral en cours et établir un premier contact formel avec la classe politique pour garantir la transparence des prochains scrutins (notamment les Locales de 2027 et le calendrier législatif).

Moundiaye Cissé : «Le boycott du Fdr ne doit pas fermer le dialogue»
En Conseil des ministres, le Président Faye a pourtant rappelé que le dialogue, principe directeur du fonctionnement de notre démocratie, est un facteur clé de gestion inclusive et d’efficacité des pouvoirs pu­blics. Il faisait référence au partage «avec les citoyens des projets de textes y afférents, à un mois de la date du 28 mai instituée Journée du Dialogue national». Pour lui, «cette journée constitue une date majeure de l’agenda républicain», tout en rappelant que ces «textes visent la modernisation de la gouvernance publique et du fonctionnement de la Justice, et le renforcement du système électoral et démocratique». L’enjeu de légitimité : pour le pouvoir, il s’agit de prouver sa volonté de concertation après des mois de critiques sur une gestion jugée «unilatérale». Moundiaye Cissé, patron de l’Ong 3D, qui a été l’un des médiateurs ayant abouti à cette rencontre, assure : «Le boycott du Fdr ne doit pas fermer le dialogue : nous appelons le ministre de l’Intérieur à maintenir une porte ouverte, pour des échanges inclusifs et permanents.» Pour lui, le dialogue ne doit pas être «conjoncturel», mais permettre de dépasser les désaccords ponctuels.

Mais, la digue consensuelle a cédé mardi : le premier coup de semonce est venu du Front pour la défense de la Répu­blique (Fdr). La coalition d’opposition a officiellement décliné l’invitation du ministre de l’Intérieur. Pour les leaders du front, cette concertation n’est qu’un «simulacre» destiné à entériner des décisions déjà actées unilatéralement par l’Exécutif.

Le Fdr pointe du doigt un manque de transparence dans la préparation des avant-projets de lois issus du comité de relecture du Dialogue national de mai 2025. En dénonçant un processus «capturé par la Primature», la coalition appelle désormais à une «résistance démocratique» pour faire face à ce qu’elle qualifie de recul de l’Etat de Droit.

L.29 et L.30 : Le «passage en force» législatif sans concertations
Le climat s’est davantage crispé mardi soir à l’Assemblée nationale. Les députés, portés par la majorité Pastef, ont adopté une proposition de loi modifiant substantiellement les articles L.29 et L.30 du Code électoral. Ces articles, véritables verrous de l’éligibilité, encadrent les cas d’exclusion du fichier électoral suite à des condamnations judiciaires. La réforme, approuvée à 48h de cette rencontre, introduit notamment que l’interdiction de s’inscrire sur les listes serait désormais fixée à une période de 5 ans après la condamnation définitive et une clarification des délits : une volonté d’éviter les radiations automatiques pour des amendes mineures.

Si, pour le groupe parlementaire Pastef, il s’agit de «réparer des injustices» et d’harmoniser le code avec les standards internationaux, l’opposition parlementaire y voit une loi «taillée sur mesure». Pour beaucoup, cette réforme vise avant tout à sécuriser définitivement l’éligibilité de figures politiques majeures avant les prochaines échéances.

L’enjeu de cette rencontre ministérielle dépasse le simple cadre technique. Pour le nouveau régime, il s’agit de prouver sa capacité à inclure les forces vives dans sa trajectoire de réforme institutionnelle. A l’inverse, pour l’opposition, c’est le moment de tester la solidité des contre-pouvoirs.

En l’absence des poids lourds du Fdr, la réunion de ce jeudi risque de se transformer en un tête-à-tête entre le gouvernement et les partis non alignés. Un scénario qui fragilise d’emblée la légitimité des futures réformes électorales, alors que le pays se projette déjà vers les élections locales de 2027. La question reste entière : peut-on refonder le contrat démocratique sans une partie de ceux qui sont censés le signer ?

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