Un rapport de la Cour des comptes, publié en 2025, met en lumière de nombreuses irrégularités dans la gestion des fonds destinés à l’acquisition de matériel agricole subventionné au profit du monde rural. Le document épingle notamment La Banque agricole ainsi que la Direction de l’administration générale et de l’équipement (Dage) du ministère de l’Agriculture.

Selon les conclusions des magistrats financiers, les ministères de l’Agriculture et des Finances ne disposeraient d’aucune visibilité réelle sur la gestion et le remboursement des fonds mobilisés dans le cadre de ce programme. Les ressources auraient été administrées sans mécanisme de contrôle efficace, laissant une large marge de manœuvre à La Banque agricole et au Dage du ministère.

Le rapport revient sur une convention signée en 2018 entre le ministère de l’Agriculture et la banque publique, puis renégociée le 2 juillet 2024 par le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (Masae). Ce partenariat visait à permettre aux bénéficiaires de financer la partie non subventionnée du matériel agricole grâce à des prêts accordés par la banque.

Les conventions prévoyaient notamment un apport personnel de 5 %, un taux d’intérêt annuel de 3 % hors taxes, ainsi que des frais de dossier fixés à 25 000 francs CFA. Des pénalités de retard pouvaient également être appliquées aux bénéficiaires.

Toutefois, la Cour des comptes estime que les frais et intérêts perçus par la banque « ne se justifient pas ». Les enquêteurs soulignent notamment l’absence de mécanismes permettant de vérifier que la banque avait effectivement mobilisé les fonds correspondant aux prêts accordés. Ils relèvent également que les apports personnels versés par les bénéficiaires servent de garanties, sans qu’aucune disposition ne précise les conditions de leur restitution après remboursement intégral des crédits.

Les magistrats financiers considèrent ainsi que La Banque agricole a bénéficié « d’avantages injustifiés », en percevant frais de dossier, intérêts et pénalités, sans supporter de risque financier réel.

Le rapport critique également la gestion du Dage du ministère de l’Agriculture. Selon la juridiction financière, le service ne disposait d’aucun registre permettant de suivre les prêts accordés ni d’outil de contrôle des recouvrements. La banque n’aurait par ailleurs jamais transmis au ministère la situation détaillée des dossiers financés, contrairement à ses engagements contractuels.

Autre anomalie relevée : des dépenses effectuées à partir du compte de dépôt intitulé « Programme équipement monde rural », pour un montant estimé à plus de 2,1 milliards de francs CFA, sans justificatifs suffisants. Le rapport indique que les pièces comptables correspondantes n’ont pas pu être présentées par le Dage.

Interrogé par les enquêteurs, l’ancien coordonnateur de la Cellule de passation des marchés, Benoît Aloyse Ngor Diouf, a affirmé que son service n’avait jamais été saisi pour examiner certaines commandes concernées. De son côté, le comptable des matières a indiqué n’avoir réceptionné que des consommables informatiques d’une valeur d’environ 82 millions de francs CFA, avec justificatifs à l’appui.

Dans ses conclusions, la Cour des comptes estime que ces dysfonctionnements résultent principalement de l’absence de contrôle interne et externe sur le compte de dépôt utilisé pour gérer les fonds du programme, un compte qui, selon elle, n’a jamais fait l’objet d’un audit.

Saisi sur cette affaire, le ministre de l’Agriculture Mabouba Diagne a assuré qu’une vérification de la gestion des comptes de dépôt du ministère serait intégrée au plan annuel de travail de l’inspection interne.

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