Les témoignages des parties civiles repris par L’OBS, dressent pourtant un tout autre tableau. Selon elles, malgré son handicap visuel, Gora Niang jouait un rôle central. Il publiait régulièrement sur ses statuts WhatsApp des annonces vantant des terrains à vendre. Une fois les clients intéressés, il les contactait, organisait les visites grâce à des guides et les conduisait auprès de Imam Modou Cissé.I. Ndao raconte avoir obtenu le numéro de Gora auprès d’un voisin, B. Sarr, alors qu’il cherchait un terrain à Lac Rose. Le lendemain, Gora Niang lui annonce que la parcelle n’est plus disponible et lui en propose une autre à Keur Massar. En compagnie d’Abdou Guèye et d’autres intermédiaires, il lui fait visiter le site, expliquant que le propriétaire, Imam Modou Cissé, est retenu par une cérémonie religieuse.

Les visiteurs lui garantissent des papiers «parfaitement en règle» et munis d’une «double signature». Convaincu, I. Ndao négocie le prix à 2,75 millions de FCFA et remet l’argent à Imam Modou Cissé en présence de Gora Niang. Le lendemain, la mutation promise contre 250 000 FCFA n’aura jamais lieu. Des mois plus tard, il découvre que le terrain appartient déjà à un autre acquéreur. Venue représenter son mari établi à l’étranger, Nd. B. Ndiaye explique que celui-ci avait lui aussi découvert les offres publiées par Gora Niang sur WhatsApp. Mis en relation avec Imam Modou Cissé, le couple verse au total 3,5 millions de FCFA. A chaque transfert, Gora Niang les orientait vers le domicile du vendeur pour remettre les fonds. Les documents reçus seront faux.

A l’audience, elle précise toutefois qu’elle n’accuse que Imam. Quant à Nd. B. Sylla, qui fréquente le même dahira que Gora Niang depuis près de vingt ans, elle raconte avoir été séduite par ses publications. Après une première visite d’un terrain broussailleux à Tivaouane Peul, le courtier lui propose une autre parcelle dont les papiers seraient en cours de régularisation. Rassurée, elle remet, à son tour, le montant de 3 millions de Fcfa à Imam Modou Cissé.Pour l’avocat des parties civiles, les procès-verbaux et les témoignages démontrent que Gora Niang et Imam Modou Cissé «agissaient de concert».

Selon lui, le prévenu se comportait comme un véritable vendeur, publiait les offres sur WhatsApp, rassurait les clients sur la fiabilité des titres et percevait une commission sur les ventes. Il réclame sept millions de FCFA pour Ibrahima Ndao et huit millions pour Nd. B. Sylla. Les avocats de la défense, Mes Aly Ndiaye et Sawaré, soutiennent, au contraire, que leur client n’est qu’un «dieuwrigne» abusé par Imam Modou Cissé, présenté comme un escroc notoire à Tivaouane Peul. Rappelant que les vidéos du dossier le montrent encaissant lui-même les fonds, ils demandent la relaxe, estimant qu’aucune association de malfaiteurs n’est démontrée.

Le tribunal a finalement suivi cette analyse sur ce dernier point. Gora Niang a été relaxé du chef d’association de malfaiteurs, mais reconnu coupable de complicité d’escroquerie. Il est condamné à deux ans d’emprisonnement, dont six mois ferme, ainsi qu’au paiement de 4 millions de FCFA à Ibrahima Ndao et 5 millions de FCFA à Nd. B. Sylla, avec exécution provisoire et contrainte par corps au maximum. Les intérêts civils réclamés par le mari de Nd. B. Ndiaye ont été réservés.

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