Les pathologies chroniques comme les cancers et les troubles du microbiote (flore intestinale), notamment celles liées à l’environnement et aux modes de vie, doivent être intégrées dans l’approche « One Health ». Telle est la conviction de Bruno Lina, président de l’Université Lyon 1. Selon lui, cette approche globale permettrait d’agir en amont sur les écosystèmes afin de mieux protéger la santé humaine, rapporte nos confrères du soleil .
LYON – La plupart des maladies infectieuses qui affectent l’espèce humaine, 75 % exactement, sont d’origine animale. Pour cette raison, nombreux sont ceux qui pensent que le concept « One Health » se réduit aux risques liés aux pathologies infectieuses émergentes. « Il faut aussi intégrer toute la dimension des maladies chroniques », suggère Bruno Lina, président de l’Université Lyon 1. S’entretenant, le 8 avril 2026, avec un groupe de journalistes invités au Sommet sur le « One Health », à Lyon, il a donné l’exemple de la cancérologie qui, souligne-t-il, « est également liée à un certain nombre de facteurs environnementaux qui entrent pleinement dans le périmètre de ‘‘One Health’’ ». C’est aussi le cas d’autres sujets comme « les perturbations du microbiote intestinal » ou flore intestinale. Liées à nos modes d’alimentation, ces dernières « jouent probablement, selon M. Lina, un rôle dans certaines pathologies, notamment celles pseudo-auto-immunes (des affections inflammatoires chroniques mimant les symptômes de maladies auto-immunes (douleurs, fatigue, raideurs), mais sans la présence caractéristique d’auto-anticorps spécifiques, Ndlr), car elles sont induites par les altérations du microbiote ». Le président de l’Université Lyon 1 ajoute que « nous pouvons également être exposés à un certain nombre de produits qui induisent des cancers, qu’il s’agisse de cancers cérébraux, digestifs ou urinaires, qui sont parmi les mieux connus comme étant directement liés à l’exposition à des substances toxiques ». Pour ces différentes raisons, Bruno Lina estime qu’il est important d’orienter l’approche « One Health » vers d’autres affections et ne plus se cantonner uniquement aux maladies infectieuses. En effet, explique-t-il : « ‘‘One Health’’ consiste à comprendre comment les dérèglements des écosystèmes et certains mécanismes peuvent avoir des conséquences sur l’homme, qu’ils transitent par l’animal ou non. Ces conséquences peuvent être prises en charge efficacement non pas uniquement en observant ce qui se passe chez l’homme en bout de chaîne, mais en comprenant l’ensemble de la séquence des évènements ». De l’avis du président de l’Université Lyon 1, « si l’on parvient à corriger ce qui se passe dans l’environnement, on peut, par cascade, empêcher le développement de pathologies chez l’homme ». La finalité étant de protéger à la fois l’homme et les environnements. « En restaurant ces derniers, on agit, au-delà de la santé humaine, dans le domaine de la santé globale », soutient-il. D’ailleurs, l’institution qu’il dirige est engagée dans cette dynamique. Dans ce cadre, les collectivités territoriales, particulièrement la ville de Lyon, ainsi qu’un certain nombre d’industriels sont associés, « mais dans une démarche concrète », précise M. Lina.
Maladies vectorielles transmises par les moustiques
Il souligne que cette stratégie inclut, par exemple, « la construction avec des matériaux écoresponsables, la réduction de l’imperméabilisation des sols et d’autres sujets transversaux liés au milieu urbain ». Il fait aussi savoir que de nombreux projets de recherche, portés par des structures présentes à Lyon, sont développés. « Ils nous permettent d’avoir une vision large de nos capacités d’action, notamment dans le domaine des maladies infectieuses, mais aussi dans d’autres », informe le président de l’Université Lyon 1. En guise d’exemple, il cite celui d’un insectarium qui leur permet de travailler sur les maladies vectorielles transmises par les moustiques. Partant, ils parviennent à « développer des stratégies pour lutter non pas contre leur prolifération en général, mais contre celle des moustiques vecteurs de virus ou de maladies comme le paludisme ». Bruno Lina informe que leurs interventions concernent aussi « les tiques et d’autres vecteurs de maladies, comme celles liées au virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo ». L’Université Lyon 1 dispose également d’outils comme un laboratoire P4 de haute sécurité biologique dédié à l’étude des agents pathogènes.
« Il nous permet de travailler sur des agents pathogènes très dangereux, tels que le virus Ebola », indique-t-il, mentionnant l’existence d’un « véritable écosystème qui [leur] permet d’avoir une ambition forte dans l’ensemble de [leurs] travaux ».
