Le 5 juin de chaque année, le monde célèbre la Journée mondiale de l’environnement. Cette journée ne devrait pas être une simple parenthèse de communication institutionnelle ou une succession de déclarations de bonnes intentions. Elle doit être l’occasion d’un examen de conscience collectif sur notre rapport à la nature, à nos ressources, et l’avenir que nous préparons pour les générations futures.
Au Sénégal, cette réflexion est devenue une urgence nationale.
Notre pays est confronté à une crise environnementale silencieuse mais profonde. Chaque année, les effets du changement climatique, de l’urbanisation anarchique, de la mauvaise gestion des déchets et de la surexploitation des ressources naturelles se font davantage sentir. Les signaux d’alerte sont partout. Ils sont visibles sur nos côtes, dans nos campagnes, dans nos villes et jusque dans notre quotidien.
A Saint-Louis, à Rufisque, à Bargny et dans plusieurs localités du littoral, l’océan avance inexorablement. Des maisons disparaissent sous les vagues. Des familles sont contraintes d’abandonner leurs terres. Des quartiers entiers vivent dans l’angoisse permanente de la prochaine marée.
Dans le bassin arachidier, la dégradation des sols et l’irrégularité des pluies fragilisent les productions agricoles. Dans la vallée du fleuve Sénégal, les producteurs doivent composer avec des phénomènes climatiques de plus en plus imprévisibles. Dans le Ferlo, les éleveurs sont confrontés à la raréfaction des pâturages et à une pression croissante sur les ressources en eau.
Pendant ce temps, nos villes croulent sous les déchets.
A Dakar, dans sa banlieue et dans plusieurs grandes agglomérations du pays, les dépôts sauvages d’ordures sont devenus des éléments permanents du paysage urbain. Les sachets plastiques envahissent les rues, les caniveaux, les marchés et les plages. A chaque hivernage, les systèmes de drainage obstrués aggravent les inondations et exposent les populations à de nombreux risques sanitaires.
Comme le disait René Dubos, «penser globalement, agir localement».
Or, c’est précisément ce qui manque encore trop souvent à notre action publique. Nous reconnaissons les enjeux climatiques mondiaux, mais nous tardons parfois à transformer cette conscience en politiques locales efficaces et durables.
L’environnement ne peut plus être considéré comme une question secondaire. Il touche à tous les secteurs de la vie nationale.
C’est une question économique.
La pêche, l’agriculture, le tourisme et l’élevage dépendent directement de la qualité de nos écosystèmes. Lorsque les ressources halieutiques diminuent, ce sont des milliers de pêcheurs qui voient leurs revenus menacés. Lorsque les terres s’appauvrissent, c’est toute la sécurité alimentaire du pays qui vacille.
C’est une question sanitaire.
L’insalubrité, la pollution de l’air, la contamination des eaux et l’accumulation des déchets favorisent la propagation de nombreuses maladies. Les populations les plus modestes sont souvent les premières victimes de cette dégradation environnementale.
C’est une question sociale.
Les catastrophes naturelles frappent plus durement les couches les plus vulnérables. Elles aggravent les inégalités et renforcent la précarité.
Il est également une question de souveraineté nationale.
Un pays incapable de protéger ses terres agricoles, ses ressources en eau, ses forêts et ses espaces marins compromet sa capacité à assurer son développement futur.
L’exploitation récente des ressources pétrolières et gazières ouvre de nouvelles perspectives économiques pour le Sénégal. Mais elle nous impose également une responsabilité particulière. Les revenus tirés de ces ressources doivent contribuer à financer la transition écologique, la protection du littoral, le développement des énergies renouvelables et l’adaptation aux changements climatiques.
L’histoire récente de nombreux pays producteurs de ressources naturelles nous enseigne qu’il ne suffit pas de disposer de richesses. Encore faut-il les utiliser au service du bien commun et des générations futures.
A cet égard, la jeunesse sénégalaise a un rôle décisif à jouer.
Majoritaire dans notre population, elle sera la première concernée par les conséquences des choix d’aujourd’hui. Elle doit être au cœur de la révolution écologique dont notre pays a besoin. Dans les écoles, les universités, les associations, les mouvements citoyens et les collectivités territoriales, elle peut porter une nouvelle culture de responsabilité environnementale.
Wangari Maathai écrivait que «les générations futures jugeront probablement les dirigeants non pas sur la richesse qu’ils ont créée, mais sur les ressources qu’ils auront préservées».
Cette réflexion vaut également pour les citoyens. Chacun est responsable d’une partie de la solution. La protection de l’environnement ne commence pas dans les grandes conférences internationales. Elle commence dans les gestes quotidiens. Elle commence lorsque l’on refuse de jeter un sachet dans la rue. Elle commence lorsque l’on plante un arbre. Elle commence lorsque l’on protège un espace public ou que l’on sensibilise un enfant au respect de la nature.
Le Sénégal possède des atouts considérables. Une jeunesse dynamique. Une Société civile engagée. Des chercheurs compétents. Des collectivités locales innovantes. Des traditions culturelles qui ont longtemps entretenu un rapport harmonieux avec la nature.
Ces ressources doivent être mobilisées dans le cadre d’un véritable pacte national pour l’environnement.
La Journée mondiale de l’environnement ne doit donc pas être une simple célébration. Elle doit être un rappel de nos responsabilités.
Car derrière chaque arbre abattu sans être remplacé, derrière chaque plage souillée, derrière chaque hectare de terre dégradé, derrière chaque canal envahi par les déchets, c’est une partie de notre avenir collectif qui s’efface.
Le Sénégal de demain se construit aujourd’hui. Et, il se construira durablement ou ne se construira pas.
La protection de l’environnement n’est pas un combat parmi d’autres. Elle est devenue la condition même de tous les autres combats. Celui de la santé. Celui de l’emploi. Celui de la sécurité alimentaire. Celui de la justice sociale. Celui du développement.
En cette Journée mondiale de l’environnement, faisons le choix de la responsabilité plutôt que de l’indifférence, de l’action plutôt que des discours, et de la transmission plutôt que du gaspillage.
La Terre n’a pas besoin de notre compassion. Elle a besoin de notre engagement.
Amadou MBENGUE dit Vieux
Secrétaire général
de la Coordination
départementale de Rufisque
Membre du Comité central
et du Bureau politique
du Pit/Sénégal
