À compter du 15 août, l’État du Sénégal a décidé d’ajuster les prix du supercarburant et du gasoil, qui passent respectivement de 920 FCFA à 970 FCFA et de 680 FCFA à 755 FCFA. Cette hausse ramène ces deux produits à leur niveau antérieur à décembre 2025. Les prix des autres produits pétroliers, en revanche, ne sont pas concernés par cette mesure. Dans un contexte politique très tendu, marqué par une rivalité persistante et un désaccord croissant entre l’exécutif et le Parlement, ainsi que par une morosité
économique générale, cette décision de l’État ne saurait satisfaire le camp présidentiel, pourtant en quête de soutiens militants. Impopulaire, elle n’en reste pas moins inéluctable au regard de la situation budgétaire du pays et de la conjoncture macroéconomique. En effet, la ceinture budgétaire de l’État du Sénégal est aujourd’hui très étroite. Le mécanisme de subvention, tel qu’il est financé par le budget, est à bout de souffle. L’État ne dispose actuellement d’aucun autre levierpour couvrir les surcoûts générés par la flambée des prix, qui sévit depuis le début de la guerre au Moyen-Orient en février 2026 et la fermeture du détroit d’Ormuz. Qui plus est, les recettes mobilisées au titre du Programme de réformes économiques et sociales (PRES) n’ont pas atteint les résultats escomptés. D’un autre côté, la polémique sur « la fameuse dette cachée », à l’origine de la suspension du programme du FMI et de la dégradation des notes du Sénégal, contraint désormais le pays à se financer sur les marchés financiers à des conditions moins favorables qu’auparavant. Avec un prix du baril qui excède les 80 USD depuis plusieurs mois, l’écart est
considérable par rapport à la prévision budgétaire initiale pour 2026, qui tablait sur un prix moyen de 64 USD le baril.

Cet écart, désormais ingérable pour les finances publiques, impose des arbitrages difficiles. Selon le Document de programmation
budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029, les subventions aux produits pétroliers et à l’électricité passeront de 250 milliards FCFA à 729 milliards FCFA, soit une progression spectaculaire par rapport à la prévision initiale inscrite
dans la Loi de finances 2026. Il est donc clair que le budget ne peut pas absorber cet écart. Toutefois, il convient de rappeler que l’État a fait preuve de résilience pendant près de six mois en maintenant les prix à la pompe, assumant le coût du différentiel pour
protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. Or, toute augmentation du carburant a inévitablement des répercussions sur les prix de nombreux biens et services à l’intérieur du pays. D’ailleurs, les consommateurs, déjà éprouvés par l’introduction récente de nouvelles mesures fiscales – notamment la taxe sur les services financiers numériques, qui comprend un prélèvement sur les transferts d’argent ou les paiements électroniques, ainsi qu’un droit de timbre de 1 % sur les paiements en espèces – voient ainsi leur pouvoir d’achat à nouveau mis à l’épreuve.
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Par ailleurs, les retombées du pétrole et du gaz, depuis le début de la production, demeurent insuffisantes pour permettre à l’État de se départir des subventions. En outre, de 2024 à nos jours, le fonds de stabilisation, ainsi que la part destinée au budget, ne devraient pas atteindre un niveau susceptible de contribuer significativement à la réduction de la facture énergétique. Tout compte fait, nos ressources en hydrocarbures ne sauraient, en l’état actuel, à elles seules nous sortir de cette impasse. Pour l’heure, notre pays reste encore prisonnier de la volatilité des prix du baril et du gaz sur les marchés internationaux. Bien que les prix aient été augmentés, il faut se rendre à l’évidence que le prix réel à l’exportation n’est toujours pas appliqué sur le marché intérieur. En réalité, l’État continue de subventionner massivement le carburant et l’électricité, mais ces subventions pèsent lourdement sur les finances publiques. Il s’agit pourtant d’une option politique saluable, dans la mesure du possible, car tous les pays du monde, dans le but d’être compétitifs, subventionnent directement ou indirectement le coût de l’énergie afin de réduire le coût des facteurs
de production. En dehors du recours à la dette et des revenus des hydrocarbures, des réformes profondes sont incontournables pour dégager une marge budgétaire. Pour ce faire, il faudrait entre autres réduire la taille de l’État, supprimer les chevauchements de
certaines structures et rationaliser le nombre d’agences. En attendant un véritable impact de nos ressources d’hydrocarbures sur le budget et sur la transformation du secteur énergétique, l’État a besoin d’autres mécanismes pour acquérir suffisamment de marges de manœuvre et soutenir le coût de l’énergie. Il apparaît en outre nécessaire de repenser en profondeur le modèle et la politique
énergétique du Sénégal afin de réduire notre exposition aux chocs macroéconomiques exogènes. Enfin, des réformes structurelles visant à réduire durablement le fardeau du coût du combustible, comme le déploiement intensif de l’énergie solaire photovoltaïque et la conversion des centrales électriques au gaz naturel local, doivent être envisagées à long terme. Le bloc de Yakaar-Teranga constitue une belle opportunité pour concrétiser cet objectif, pourvu que nous trouvions les mécanismes de financement
appropriés à l’exploitation du gisement.


Babacar Ndiogou
Mouvement Jappo Yessal/ Ingénieur génie énergétique

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