Certains lutteurs ont marqué l’histoire par leurs exploits sportifs, avant de se réinventer ou se reconvertir après leur retraite. La rubrique « Que sont-ils devenus ? » raconte leur vie d’après-carrière. Aujourd’hui : Mouhamed Ndao, dit Tyson, ancien Roi des arènes devenu roi des affaires.
On se souvient tous de lui dans l’arène. Mouhamed Ndao, alias Tyson, le colosse de Pikine, imposant et charismatique, capable de faire lever les foules et de captiver les sponsors à chacune de ses apparitions. Né en 1972 à Kaolack, il grandit à Fass avant de s’installer à Pikine, dans la banlieue dakaroise. C’est dans cette dernière localité qu’il a fait des débuts remarqués dans les « mbapatt ». Très vite, l’ancien leader de l’écurie « Boul Faalé » affine sa technique en lutte olympique et se forge une réputation solide à l’international. Son premier grand combat en lutte avec frappe, en 1995 contre Nguèye Loum, restera dans les mémoires. Tyson ne se contentait pas de gagner, il fascinait.
Chouchou du public et des annonceurs, il avait ce talent rare de transformer chaque combat en événement. Ses cachets records, jusqu’à 150 millions de FCfa gagnés lors de son dernier combat contre Yakhya Diop dit Yékini, le 4 avril 2010, et ses nombreux sponsors ont fait de lui un des lutteurs les mieux payés du Sénégal. Mais derrière le show à l’américaine qu’il incarnait, il y avait une vision claire : Tyson ne voulait pas seulement briller dans l’enceinte d’une arène de lutte; il voulait conférer un véritable statut social au lutteur et montrer qu’il était possible de faire du sport un véritable business.
Après sa carrière, Tyson n’a pas quitté l’arène : il l’a réinventée. Aujourd’hui, il dirige la prestigieuse Tyson Business company (Tbc), ainsi qu’une structure active dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et du pétrole. « J’ai créé Tyson business company et une structure dans l’agriculture, l’industrie minière et pétrolière », dit-il avec fierté. Il développe également des projets à Tivaouane Peulh, possède une agence immobilière et décroche des marchés stratégiques. Ce qui faisait de lui un Roi des arènes fait maintenant de lui un véritable roi des affaires : stratégie, vision et audace. Fier de son parcours, l’enfant de Kaolack Ndangane revendique avoir anticipé la professionnalisation du sport. « On peut beaucoup gagner dans la lutte. Je n’ai exploité qu’une fraction du potentiel. Quand je parlais de sport-business, beaucoup ne comprenaient pas. Aujourd’hui, c’est une réalité », explique-t-il.
De Roi des arènes à homme d’affaires accompli, Mouhamed Ndao incarne une réussite et une reconversion exemplaire, montrant que l’ambition et la vision permettent de dépasser le simple exploit sportif pour bâtir un héritage durable. « Le vrai combat, c’est celui de la vie », théorise-t-il, lorsqu’il prend le micro pour se muer en coach en développement personnel. L’ancien mentor d’Eumeu Sène a su anticiper l’ère du sport-business, conceptualisant des conférences de presse et des shows à l’américaine quand beaucoup n’y croyaient presque pas. Aujourd’hui, son parcours constitue un modèle pour les jeunes lutteurs et un exemple de reconversion réussie. De l’adrénaline des arènes aux exigences du monde des affaires, Mouhamed Ndao prouve qu’avec ambition et persévérance, on peut transformer sa passion en un héritage durable.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ
