Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a présidé, ce jeudi, l’ouverture de la Conférence régionale consacrée à la « Réinsertion sociale et à l’accompagnement avant et après la sortie de prison ». Organisée conjointement par l’IRZ et l’École nationale d’Administration pénitentiaire (ENAP), cette rencontre de deux jours réunit des délégations venues d’Allemagne, du Maroc, de Tunisie et d’Algérie.

Dans son allocution, le ministre a posé la question centrale qui doit guider les échanges : « Que voulons-nous qu’il advienne d’un homme ou d’une femme au terme de sa détention ? » Pour Me Moussa Sarr, la réinsertion ne doit pas être envisagée uniquement au moment de la libération, mais préparée dès l’incarcération et poursuivie après la sortie de prison. À défaut, a-t-il averti, les anciens détenus risquent de retomber dans l’isolement, avec la récidive comme conséquence possible.

« Punir ne signifie donc pas renoncer à reconstruire », a-t-il déclaré, tout en rappelant que la sécurité et la discipline demeurent indispensables au sein des établissements pénitentiaires. À ce propos, il s’est référé aux Règles Nelson Mandela des Nations unies, qui établissent un lien entre la protection de la société, la réduction de la récidive et la préparation à la réinsertion sociale.

Le ministre a également inscrit cette démarche dans les orientations du chef de l’État. Il a rappelé que, lors de la réception, le 23 juillet dernier, du rapport de l’Observateur national des lieux de privation de liberté, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye avait préconisé le développement des peines alternatives, un meilleur encadrement de la détention provisoire ainsi que la finalisation du statut des agents pénitentiaires, considéré comme un préalable à l’élaboration d’un futur Code pénitentiaire.

Me Sarr a également repris la position exprimée par le chef de l’État devant la Commission nationale des droits de l’homme : « la liberté reste le principe et la détention l’exception ».

Sur le plan des ressources humaines, le Garde des Sceaux a annoncé une nouvelle mesure destinée à renforcer les effectifs de l’Administration pénitentiaire. Selon lui, le Premier ministre a autorisé, au titre de l’année 2026, le recrutement de 418 agents, répartis entre deux inspecteurs, six contrôleurs, dix agents administratifs et 400 surveillants. Ces recrutements devraient contribuer à réduire la charge de travail du personnel et à améliorer la conciliation entre les impératifs de sécurité et l’accompagnement des détenus.

Le ministre a, par ailleurs, présenté plusieurs initiatives déjà engagées dans le domaine de la réinsertion professionnelle. Celles-ci comprennent notamment deux boulangeries de la réinsertion, une unité de production laitière, un centre de formation industrielle, un garage mécanique, des ateliers de couture ainsi qu’une galerie de la réinsertion.

D’autres projets sont également envisagés dans les secteurs de l’éducation et de la formation. Des discussions seront ainsi engagées avec le ministère de l’Enseignement supérieur afin de faciliter l’inscription des détenus titulaires du baccalauréat à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane. Un partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale est également prévu pour mobiliser des enseignants chargés d’accompagner les candidats aux examens en milieu carcéral. « La privation de liberté ne doit pas signifier la privation du savoir », a insisté le ministre.

Dans le même esprit, des terres situées dans le nord du pays ont été mises à la disposition de la Direction générale de l’Administration pénitentiaire pour développer des activités rizicoles. Ce projet prévoit également une formation agricole des détenus, avec la perspective de faciliter leur insertion professionnelle après leur libération.

S’adressant enfin aux magistrats, Me Moussa Sarr les a invités, dans le strict respect de leur indépendance, à exploiter davantage les mécanismes d’aménagement de peine et les sanctions alternatives prévus par le Code de procédure pénale, notamment en ses articles 704 et suivants. Il s’agit entre autres du sursis, de la probation, du travail au bénéfice de la société, de la dispense et de l’ajournement de peine.

Ces dispositifs sont particulièrement indiqués, selon lui, pour les délits de moindre gravité ou lorsque le trouble à l’ordre public s’est estompé, sans porter atteinte aux droits des victimes ni aux exigences de sécurité publique. Leur recours pourrait également contribuer à désengorger les établissements pénitentiaires, confrontés à une surpopulation persistante.

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