Dans un contexte mondial d’incertitude, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest choisit l’assouplissement monétaire, portée par une croissance de 6,7 % et une déflation, à rebours de plusieurs banques centrales africaines.
La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a annoncé mercredi 4 mars une baisse de 25 points de base de ses taux directeurs, une décision qui prendra effet le lundi 16 mars et vise à renforcer l’accès au financement dans la zone UEMOA.
À l’issue de sa réunion ordinaire tenue à Dakar, le comité de politique monétaire (CPM) a ramené le principal taux directeur de 3,25% à 3,00%, et le taux du guichet de prêt marginal de 5,25% à 5,00%. Le coefficient des réserves obligatoires reste, lui, inchangé à 3,0%.
« La baisse des taux directeurs devrait contribuer à consolider l’assouplissement des conditions de financement de l’activité économique au sein de l’UEMOA », a indiqué la Banque Centrale dans un communiqué signé de son président, Jean-Claude Kassi Brou (photo).
Une inflation en territoire négatif
Cette décision s’inscrit dans un cycle de normalisation monétaire qui contraste fortement avec les années précédentes. Face à une inflation qui avait culminé à 8,4 % en octobre 2022 sous l’effet de la flambée des prix énergétiques mondiaux et des séquelles économiques de la guerre en Ukraine, la BCEAO avait engagé dès juin 2022 un cycle de hausses successives, portant son taux directeur à 3,00 % en mars 2023, une quatrième hausse consécutive depuis juin 2022.
Le taux avait ensuite été porté à un pic de 3,50 % en décembre 2023, niveau auquel il s’est maintenu pendant toute l’année 2024, malgré les pressions d’une inflation qui avait atteint 4,1% au deuxième trimestre 2024, en dehors de la cible de 1 % à 3 % de la Banque centrale, portée par une campagne agricole décevante, des difficultés d’approvisionnement liées à l’insécurité au Sahel et la hausse des prix alimentaires importés.
Le tournant est venu en juin 2025, lorsque la BCEAO avait abaissé son principal taux directeur de 3,50% à 3,25%, dans un contexte de recul de l’inflation à 2,3% au premier trimestre 2025. La décision de mars 2026 constitue le deuxième palier de ce desserrement, ramenant les taux à leur niveau exact de mars 2023.
Cette nouvelle baisse intervient dans un contexte de déflation inédite dans l’Union. Le taux d’inflation a atteint -0,8 % au quatrième trimestre 2025, après –1,4 % le trimestre précédent, tiré vers le bas par le recul des prix alimentaires, dopé par une bonne récolte locale et la baisse des coûts des denrées importées.
Sur l’ensemble de l’année 2025, l’inflation s’est établie à un niveau nul. La BCEAO anticipe un rebond progressif à 1,4 % en 2026, tout en alertant sur les risques liés aux tensions géopolitiques mondiales, susceptibles de faire déraper les prix à la hausse.
Une croissance robuste, portée par l’agriculture et les industries extractives
L’économie de la zone a affiché en 2025 une croissance de 6,7%, en hausse par rapport aux 6,2% enregistrés en 2024, soutenue par les bons résultats de la campagne agricole, du secteur des services et des industries extractives et manufacturières. Ces performances placent l’UEMOA parmi les zones de croissance les plus vigoureuses à l’échelle mondiale, à l’heure où les grandes économies avancées peinent à retrouver leur régime de croisière. À titre de comparaison, la Banque centrale européenne maintient en mars 2026 son principal taux de refinancement à 2,15%, dans une politique de vigilance face à l’inflation en zone euro.
Pour 2026, la BCEAO table sur une progression du PIB réel de 6,4%, portée par une demande intérieure solide et la bonne tenue des productions agricoles et minières.
Les crédits à l’économie ont, de leur côté, progressé de 5,6% en 2025, contre 4,5% l’année précédente, une dynamique de financement en amélioration mais modérée.
Des échanges extérieurs en nette amélioration
Sur le front extérieur, la balance commerciale de l’Union s’est améliorée, portée par la hausse des exportations d’or et de pétrole, conjuguée à un allégement de la facture des importations alimentaires et énergétiques. La mobilisation accrue de ressources extérieures par les États membres a également conforté cette tendance. Le CPM avait déjà, lors de sa réunion de septembre 2025, relevé l’amélioration du solde global des échanges extérieurs, tout en pointant les risques persistants : insécurité au Sahel, aléas climatiques et tensions géopolitiques.
Sauf qu’en fin d’année, cette dynamique s’est amoindrie avec la chute des cours du cacao (-43,9 % en glissement annuel en décembre 2025), du caoutchouc (-23,5 %) et du café (-19,3 %), ce qui pénalise désormais lourdement les pays producteurs.
Le CPM a toutefois indiqué qu’il « continuera d’accorder une vigilance particulière aux risques pesant sur l’évolution des prix » et se réserve la possibilité de prendre « les mesures idoines » pour garantir la stabilité monétaire et financière de l’Union.
