Prévue le 30 avril prochain, la rencontre entre le ministère de l’Intérieur et les partis politiques pourrait raviver les fractures plutôt que les apaiser. Convoquée dans un contexte préélectoral sous tension, marqué par le retard dans la mise en œuvre du processus et des réformes électorales issues du dialogue national de l’année dernière, elle apparaît comme un test décisif pour Mouhamadou Bamba Cissé, rapporte Sud.
Le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique a confirmé, dans un communiqué rendu public le mercredi 22 avril, la tenue d’une « rencontre stratégique » avec l’ensemble des partis politiques légalement constitués. Cette réunion portera, « au-delà de la prise de contact, sur le partage d’informations relatives au processus électoral ». Prévue le jeudi 30 avril prochain, cette rencontre annoncée à l’issue d’une audience, le 15 avril dernier, entre le ministre de l’Intérieur et une délégation de la société civile conduite par le Pr Babacar Guèye, coordonnateur du Cosce, et Moundiaye Cissé, directeur exécutif de l’ONG 3D s’annonce comme un test grandeur nature pour Mouhamadou Bamba Cissé.
Il s’agira, en effet, de la première prise de contact entre le ministre et la classe politique depuis sa nomination, le 15 septembre 2025, à la tête du département en charge de l’organisation des élections. À travers cette initiative, Me Mouhamadou Bamba Cissé s’inscrit dans la tradition de ses prédécesseurs, qui organisaient des concertations avec les acteurs politiques à l’approche de chaque échéance électorale.
Toutefois, la tenue de cette rencontre intervient dans un contexte marqué par l’attente de la mise en œuvre des conclusions du dialogue national consacré à la réforme du système politique, dont le rapport a été remis, le 14 juillet 2025, au président Bassirou Diomaye Faye. Cette situation suscite de nombreuses interrogations. Lors de la cérémonie de réception du document, le chef de l’État avait pourtant assuré que les 27 recommandations prioritaires ayant fait l’objet d’un consensus feraient rapidement l’objet de déclinaisons concrètes, tant sur le plan constitutionnel que législatif et réglementaire. Dans la foulée, il avait annoncé la mise en place, dès la semaine suivante, d’un comité ad hoc chargé du suivi rigoureux de leur mise en œuvre.
Parmi ces recommandations figurent notamment la rationalisation et la réforme des partis politiques, la dématérialisation du processus électoral (bulletin unique, vote électronique), l’inscription permanente et automatique des primo-électeurs, la création d’une Cour constitutionnelle, ainsi que la mise en place d’un organe indépendant chargé de la gestion des élections. Abordant cette question dans son discours à la Nation du 31 décembre 2025, le chef de l’État avait également annoncé que les projets de textes relatifs à la révision de la Constitution, à la Cour constitutionnelle, au Conseil supérieur de la magistrature, à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), ainsi que le projet de Code électoral, seraient présentés en Conseil des ministres puis transmis à l’Assemblée nationale au cours du premier trimestre 2026.
Aujourd’hui, près d’un mois après l’expiration de ce délai, le constat est sans appel : silence radio. Aucun projet de loi relatif à ces réformes n’a encore été adopté en Conseil des ministres. Une situation d’autant plus préoccupante que le contexte préélectoral, en perspective des élections municipales et départementales, est marqué par plusieurs sources de tension, notamment l’expiration massive des cartes nationales d’identité prévue en 2027 et le retard dans l’organisation de la révision exceptionnelle des listes électorales. À cela s’ajoute la décision unilatérale du groupe parlementaire de la majorité Pastef d’introduire une proposition de loi portant modification des articles L.29 et L.30 du Code électoral, une initiative que l’opposition qualifie de réforme « taillée sur mesure » pour Ousmane Sonko.
