Les mauvaises politiques économiques du régime Pastef durant deux années ont provoqué une sévère contraction de l’activité économique sénégalaise, consécutivement à l’augmentation de la pression fiscale (Press), couplée à une quasi-absence d’investissements publics et au non-paiement de la dette intérieure aux entreprises. Augmenter la pression fiscale sans investir revient à freiner des quatre fers l’activité économique. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui le Sénégal connaît un net recul de sa croissance économique de moins de quatre points, descendant à un niveau jamais égalé de 2, 2%, sauf en période de Covid. L’impact de cette décroissance s’indexe sur la montée considérable du taux de chômage, atteignant les chiffres fatidiques de 24% en milieu urbain et de 30% en milieu rural, tandis que l’inflation grimpe vertigineusement avec le nouveau choc pétrolier généré par la guerre au Moyen-Orient. De ce qui précède, l’entreprise sénégalaise se trouve engluée dans des difficultés multiples sous l’effet d’une pression fiscale plus lourde et du non-paiement de la dette intérieure, induisant la cessation d’activités pour nombre d’entre elles ou la délocalisation d’activités vers d’autres cieux plus cléments.
A la crise financière sèche orchestrée par l’approche populiste du régime Pastef sur la dette, provoquant la perte de confiance des partenaires économiques et financiers du Sénégal, s’ajoute aujourd’hui, après deux années de tergiversations, un marasme économique subséquent qui se manifeste par la hausse du chômage, le recul de la croissance économique et la progression de l’inflation.
C’est dire que les indicateurs macroéconomiques qui étaient au vert en 2023, ont subitement régressé en 2025 avec des perspectives sombres, car aucune action vigoureuse de sortie de crise n’est envisagée par le régime Pastef, plus préoccupé par les enjeux de la prochaine élection présidentielle que la recherche de sortie de crise afin d’arrêter l’hémorragie. Les dégâts deviennent considérables et le naufrage est presque à nos portes, au point que le Sénégal est classé parmi les seuls trois pays africains en voie de défaut de paiement dans un proche avenir, avec le Botswana et le Malawi. Pire, la perte de confiance des partenaires financiers multilatéraux et bilatéraux a entraîné le recours à des fonds hypothécaires gagés sur nos ressources (Trs) pour financer le fonctionnement de surcroît.
L’approche du régime Pastef consistant à considérer que l’endettement en économie ouverte, qui permet de financer l’investissement au-delà de l’épargne nationale, est une approche non souverainiste, constitue l’erreur stratégique fondamentale à la base des difficultés économiques et financières que le Sénégal connaît de nos jours. La dette n’a jamais été un problème quel que soit le montant, si les fonds sont utilisés pour l’investissement productif et l’accumulation interne du capital. C’est l’absence d’investissement qui en est le véritable problème. Or, le régime Pastef, depuis son arrivée au pouvoir, n’a procédé à aucun investissement structurant tangible pouvant favoriser la croissance.
L’impôt est une ponction sur l’épargne des ménages et des entreprises. Qui dit ponction, dit baisse de l’investissement, car c’est l’épargne qui finance l’investissement et la consommation. Plus la pression fiscale est forte, moins l’offre des biens et services augmente, ainsi que la demande de consommation (courbe de Laffer).
L’approche du régime Pastef reste souvent dans l’abstraction, au sens où il s’écarte du réalisme économique pour des choix de politiques économiques idéalistes, comme s’ils avaient l’illusion de se trouver dans un pays autosuffisant (souverainisme). Il ne s’agit pas de vouloir financer le développement par ses propres moyens, au demeurant insuffisants, il s’agit d’avoir la capacité de pouvoir le faire de façon autonome. Or, la réalité en est que nos pays au Sud du Sahara ont des capitaux encore faibles, justifiant notre relative dépendance aux capitaux étrangers, en dépit, pour le Sénégal, de la survenue assez récente de l’exploitation du pétrole et du gaz, sans pour autant qu’elle soit suffisante pour nous permettre de voler de nos propres ailes. Cette contrainte majeure situationnelle doit principalement dicter la politique économique du Sénégal qui reste toujours vulnérable aux variations des cours mondiaux du dollar et des prix des biens et services, ou à la survenue de crises climatiques, sanitaires, et de conflits entre nations.
Si bien que la seule alternative valable pour nos économies en situation demeure l’option pour une politique volontariste d’attrait de capitaux étrangers pour des investissements directs, mais aussi de pouvoir coupler cette politique d’attractivité avec la propension à réaliser des investissements publics structurants assez conséquents, surtout dans le domaine des infrastructures et du secteur primaire à travail très porteur. La seule manière de réaliser ce double objectif, c’est d’avoir une politique économique basée non pas sur un modèle économique d’accroissement strict des recettes de l’Etat à travers la fiscalité, mais de creuser le déficit budgétaire à des niveaux soutenables pour encadrer un endettement viable. Car c’est l’investissement qui booste la croissance, et le tout impôt qui freine la capacité d’investir et ralentit la croissance.
L’approche de l’ancien régime de la politique budgétaire et de l’endettement était une approche du creusement du déficit pour financer l’investissement et, de ce fait, stimuler l’activité économique dans son ensemble ; l’essentiel, c’est de ne pas entrer dans le surendettement. Or, le surendettement est loin d’être atteint au Sénégal avec l’actualisation du Pib en tenant compte de l’intégration des nouvelles ressources du pétrole et du gaz dans sa formation. Les néo-souverainistes, quant à eux, veulent procéder à l’équilibre budgétaire, à l’inexistence d’un déficit budgétaire ou, tout au moins, à un déficit budgétaire réduit, laquelle approche, au vu des capitaux internes limités dans nos pays et de l’épargne, va ralentir les investissements, et donc la croissance économique, et favoriser le chômage et l’inflation ; des phénomènes que nous constatons de nos jours, alors que le Sénégal était dans une phase d’une bonne accumulation interne du capital qui a connu un net ralentissement. L’objectif de l’ancien régime était de rechercher les moyens pour stimuler une forte croissance afin de remonter la pente, après l’impact de la crise sanitaire (Covid en 2020), de la crise climatique (inondations 2021, 2022) et de la crise sécuritaire (djihadistes à nos portes) sur l’économie. S’endetter pour investir à la suite de chocs exogènes, c’est développer un plan de relance pour fouetter l’activité économique et la croissance afin de remonter la pente. Nous pouvons dire que durant toute la période 2019-2022, le Sénégal était frappé par des chocs exogènes au point qu’il eut fallu développer des politiques volontaristes pour capter des capitaux extérieurs afin de stimuler la croissance. Sans croissance économique vigoureuse, point de salut.
Il s’y ajoute que l’économie sénégalaise a une structure intégrée dans un marché plus large. Notre intérêt réside dans le développement des économies d’échelle afin de réduire les coûts pour développer la compétitivité dans un marché concurrentiel sous-régional, régional et même continental. A ce titre, les critères de convergence fixés par les institutions communautaires et internationales du déficit budgétaire sont dépassés et doivent être revus à la hausse, surtout pour les pays accumulant d’importantes ressources naturelles.
Si on pouvait obtenir aujourd’hui la restructuration de la dette ou son reprofilage à minima, afin de réduire sensiblement son service, en plus d’un cash-flow important de la Communauté internationale à travers le Club de Paris et de Londres, ce qui est parfaitement dans nos cordes, le tour sera joué pour une bonne remontée des finances publiques et de l’économie sénégalaise. Ces arrangements à notre portée, parce que plusieurs fois obtenus avec les bailleurs de fonds, sont tout à fait dans nos cordes. Toutefois, cela suppose la restauration de la confiance avec les partenaires internationaux et le secteur privé national. La confiance est la seule variable principale non aléatoire dans toute modélisation, faisant en sorte que la préoccupation essentielle de tout gouvernement devrait reposer sur la base d’une politique d’impulsion d’un bon environnement des affaires pour stimuler la croissance.
Kadialy GASSAMA
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque
